HISTOIRE DE CROISSY-SUR-SEINE


Détail du plan-terrier, 1781.
La Haute Pierre, mégalithe disparu au XXe siècle, témoignait jadis de l'occupation du site dès le Néolithique.
A partir de l'époque carolingienne, une pêcherie et un petit domaine agricole se développèrent au niveau de la grande rue et de la rue de l'abreuvoir, sur un léger relief protégeant les habitants des caprices du fleuve.

Au Moyen Âge

En mars 845, une centaine de drakkars conduits par Ragnar Lodbrok remontent la Seine pour piller Paris. Arrêtés à Charlevanne (Bougival), ils passent sur le bras droit du fleuve et débarquent dans une pêcherie où ils affrontent la population locale.
Un contemporain, le moine Aimoin de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, témoigne des faits. 111 habitants furent pendus dans l'île. Après ce massacre, et avec les raids des Vikings tout au long du IXe siècle, le domaine reste longtemps ruiné et désert. Une croix commémorative érigée au siècle suivant a donné son nom en langue romane au domaine reconstruit : Cruci puis Crossi (latinisés dans les chartes médiévales en Cruciacum puis Crossiacum).
Cette "croix de la bataille", mentionnée dans les archives du XVIIe siècle, a été déplacée puis abattue au XIXe siècle.
Dès le XIe siècle, le domaine est une seigneurie laïque sous la dépendance des seigneurs de Marly. Le petit village est essentiellement voué à la pêche. Deux moulins sont édifiés sur le fleuve : le moulin de Mauport (au bord de l'actuelle berge de la prairie) et le moulin des grandes roues, tous deux situés vis-à-vis de Bougival et Marly.

Détail d'un vitrail de la chapelle
Saint-Léonard.
Primitivement dédiée à saint Martin, la petite église paroissiale (actuelle chapelle Saint-Léonard) a été bâtie au début du XIIIe siècle sur l’emplacement d’un lieu de culte plus ancien. Elle abrite à partir de 1211 une relique de saint Léonard de Noblat et devient rapidement un lieu de pèlerinage réputé.

Comme tous les villages des environs de Saint-Germain-en-Laye et Rueil-Malmaison, Croici est ravagé pendant la chevauchée anglaise d'août 1346 puis abandonné pendant plusieurs décennies. Un dénombrement de 1475 nous apprend que le village est habité par seulement deux familles de pêcheurs. Aussi, à partir du XVIe siècle, les seigneurs successifs vont faire défricher leurs terres afin d’attirer une population nouvelle de vignerons et de cultivateurs.

Au XVIIe siècle

A partir de 1600, la forêt du Vésinet attire l’attention du roi Henri IV, grand chasseur. Voulant étendre la réserve de chasse de son domaine royal de Saint-Germain-en-Laye, il y acquiert de vastes arpents qu’il fait réaménager. En 1634, la moitié du fief de Croissi est acheté par le roi Louis XIII pour être intégrée à la forêt du Vésinet. Il s'agit de la zone située à l'ouest de l'actuelle rue de l'écluse. L’abondance des remises (espaces qui servaient de refuge au gibier) a été longtemps néfaste au développement de l’agriculture. Pendant près de deux siècles, les paysans ne cessèrent de se plaindre des dégâts commis par les animaux. 

Frontispice du Tartuffe,
par P. Brissart.
Situé à proximité du château de Saint-Germain-en-Laye où résident régulièrement le roi et la cour, Croissi-la-Garenne attire des serviteurs de la reine Anne d’Autriche qui y font construire de vastes propriétés. On y rencontre son apothicaire, sa femme de chambre et confidente, son confesseur, un de ses gardes du corps.  
En 1644, la seigneurie est acquise par le chevalier François de Patrocles, écuyer principal de la reine. Pendant la Fronde, il chevauche aux côtés du carrosse de la famille royale. Dévot et crédule, il a inspiré Tallemant des Réaux (Les Historiettes, 1659) puis Molière en 1664 pour le personnage d'Orgon dans Le Tartuffe.


Au XVIIIe siècle

Croissy-sous-Chatou se limite à la grande rue, seules quelques petites fermes sont regroupées au hameau isolé de la Garde Plaine (au bout de l’actuelle rue des Gabillons). Le reste du territoire est couvert de champs, de vergers et de vignes. Il existe aussi plusieurs grandes propriétés. L'une d'entre elles, le Colifichet, appartient au célèbre collectionneur d’art Pierre-Jean Mariette.
Dans les années 1750, le château seigneurial est entièrement rebâti, il prend ainsi l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. En 1779, il passe aux mains du receveur général des finances Jean Chanorier. Gentilhomme fermier, il se passionne pour l'élevage et l'agronomie : il crée une bergerie de béliers mérinos, cultive les mûriers et les vers à soie, introduit localement la culture de la pomme de terre (la chanorière) et développe le maraîchage.
Sous la Révolution, plusieurs Parisiens viennent se réfugier dans le village. Parmi eux, en 1793, la future impératrice Joséphine de Beauharnais et ses deux enfants. Quelques années plus tard, elle achètera
sur les conseils de Jean Chanorier le château de Malmaison situé à quelques centaines de mètres, de l'autre côté de la Seine.

Au XIXe siècle

"Bain à la Grenouillère", Claude Monet, 1869,
Metropolitan Museum Of Art, New York.
A partir des années 1850, avec la construction du pont de Bougival, Croissy devient désormais un lieu de passage. L'ancien village isolé se transforme rapidement en petite ville. Un nouveau centre se développe autour de l'actuel boulevard Hostachy. Grâce à la création de la ligne de train reliant Paris à Saint-Germain-en-Laye, de nombreux Parisiens font édifier d’élégantes villas, notamment sur les berges de la Seine.
Avec la mode du canotage, les citadins de la capitale découvrent dès les années 1840, le charme sauvage de l’île de Croissy que l’on surnomme alors le Madagascar de la Seine tant la végétation y est luxuriante et les mœurs de ses visiteurs "comparables aux indigènes des îles"...
En 1852, l
a mère Seurin, épouse d'un pêcheur et marchand de vin de Croissy, établit sur l’île un restaurant et des cabines de bain : la Grenouillère est née. Avec sa petite plage, son service de  location de canots et son célèbre bal hebdomadaire, l'établissement va connaître un grand succès pendant de longues années.
Guy de Maupassant, louant une petite maison sur les bords du fleuve, fréquente assidûment les lieux. Dans La Femme de Paul et Yvette, il brosse un portrait très réaliste du lieu et de son atmosphère bruyante et populaire.
En 1869, Renoir et Monet y installent leurs chevalets. Ils immortalisent ainsi le camembert, un petit îlot planté d’un arbre unique, reliant l’île au bateau ponton par des planches étroites et glissantes... qui provoquent chutes et baignades imprévues !
La Grenouillère est la proie des flammes en  1889. La nouvelle Grenouillère est reconstruite l’année suivante mais le déversement de l’ensemble des égouts de Paris en amont de la Seine décourage progressivement les baigneurs et les canotiers.

Au XXe siècle

Lors de la crue de 1910, le niveau des eaux monte de plus de 7 mètres. 
Les berges sont submergées, les rues Paul Déroulède et Émile Augier sont noyées sous 2 mètres d'eau. Cernées, une cinquantaine d’habitations ont dû être évacuées à la hâte et quelques 200 malheureux ont dû fuir, abandonnant tout sur place. 
La Belle Époque s’achève en 1914 avec l’éclatement de la guerre, que chacun espère courte... et victorieuse. Afin d’assurer le ravitaillement de la capitale, les autorités militaires ont transformé une usine désaffectée du chemin de ronde en un vaste parc de bétail. Durant quatre ans, la liste des soldats tombés au front s'allonge jour après jour : au total, près de 150 Croissillons ont été tués pendant la Grande Guerre.

A partir de 1920, les lotissements des parcs des grandes propriétés du XIXe siècle vont attirer une nouvelle population travaillant à Paris et utilisant quotidiennement la ligne de chemin de fer de Chatou. De nombreux pavillons en briques et pierres meulières voient le jour le long des rues nouvellement créées ou viabilisées.
A cette époque, une nouvelle industrie apparaît à Croissy : l’extraction du sable dans de vastes carrières à ciel ouvert. Situées principalement dans la zone comprise entre la Seine et le chemin de ronde, ces sablières ont été transformées depuis en bassins par la Lyonnaise des Eaux. Enfin, les usines Maréchal (tissus caoutchoutés), Parra-Mantois (verrerie d’optique), Max Factor (produits de beauté), Cellolac (laques et vernis) et Morgenthau (recyclage de pellicules de films) attirent une population nouvelle d’ouvriers.

En juin 1940, les premières unités allemandes qui arrivent à Croissy découvrent une ville vidée des trois quarts de sa population. 300 militaires allemands cantonnent dans 27 propriétés réquisitionnées ou mises sous séquestre. Par la suite, seulement quelques villas sont occupées, notamment par le général Kohl, chef de la WVD Paris (la division des chemins de fer), et le général Von Stülpnagel, gouverneur militaire de Paris. L’Organisation Todt a réquisitionné les sablières pour la construction du mur de l’Atlantique. Des péniches de la Kriegsmarine sont amarrées le long des berges.
Le 3 mars 1942, la région est bombardée par les avions de la RAF. Les objectifs sont industriels, les usines Maréchal et Parra-Mantois sont endommagées. Plusieurs habitations sont détruites et 30 personnes se retrouvent sans abri. Un jeune homme meurt sous les bombes.
La guerre a fait une cinquantaine de victimes (soldats morts au front, civils déportés, victimes des bombardements).
En août 1944, lors des combats de la Libération, les troupes allemandes font exploser une péniche chargée de poudre et de munitions. Les toitures et les fenêtres d’une centaine de maisons sont endommagées. 


Les décennies 1950, 1960 et 1970 sont celles des mandats successifs du maire Fernand Hostachy. Le trafic automobile de plus en plus important a motivé la reconstruction du pont de Croissy-Bougival (1968). La ligne Paris-Saint-Germain-en-Laye est transformée en ligne A du RER (1972) plaçant la gare de Chatou-Croissy à une quinzaine de minutes de la capitale.
Mais contrairement à de nombreuses communes voisines, Croissy reste à l'écart d'une urbanisation massive. En 1963, Fernand Hostachy fait classer la majeure partie des terres agricoles en zone horticole protégée (ZHP). Sous la pression des propriétaires, la ZHP est finalement remplacée au début des années 1970 par une zone d’habitations basses avec jardins et espaces verts. Les premiers lotissements pavillonnaires apparaissent rapidement.
Parallèlement, l
a Ville s'est dotée de nouveaux équipements publics : le collège et l’école maternelle Jean-Moulin (1960), le gymnase Jean-Moulin et le parc omnisports (1974).

Entre 1980 et 2000, les derniers terrains maraîchers disparaissent, cédant la place aux programmes de maisons individuelles. La population change de profil, les lotissements pavillonnaires attirant principalement des cadres supérieurs travaillant dans les Hauts-de-Seine et à Paris.
Pour faire face aux besoins sans cesse croissants des nouveaux habitants, plusieurs équipements publics ont été progressivement construits : le restaurant scolaire (1981), l’école maternelle Les Cerisiers (1986), l'école élémentaire Jules-Verne (1992), le nouvel hôtel de ville (2000). Enfin, les crèches La Ribambelle (2004), A Pas de Loup (2012) et l'Espace Chanorier (2013).