HISTOIRE DE CROISSY-SUR-SEINE


Détail du plan-terrier, 1781.
La Haute Pierre, mégalithe disparu au XXe siècle, témoignait jadis de l'occupation du site dès le Néolithique.
Autour du VIIe siècle, une pêcherie et un petit domaine agricole se sont développés au niveau de la grande rue et de la rue de l'abreuvoir, sur un léger relief protégeant les habitants des caprices du fleuve.

Au Moyen Âge

En mars 845, une centaine de drakkars remontent la Seine pour piller Paris. Arrêtés à Charlevanne (Bougival), ils passent sur le bras droit du fleuve et débarquent dans un village où ils massacrent la population locale. Une croix commémorative érigée au siècle suivant aurait donné son nom en langue romane au domaine reconstruit : Cruci puis Crossi (latinisés dans les chartes médiévales en Cruciacum puis Crossiacum).

Dès le XIe siècle, le domaine est un petit fief sous la dépendance des seigneurs de Marly. Le village est essentiellement voué à la pêche. Deux moulins sont édifiés sur le fleuve : le moulin de Mauport (au bord de l'actuelle berge de la prairie) et le moulin des grandes roues, tous deux situés vis-à-vis de Bougival et Marly.

Comme tous les villages des environs de Saint-Germain-en-Laye et Rueil-Malmaison, Croici est ravagé pendant la chevauchée anglaise d'août 1346 puis abandonné pendant plusieurs décennies.

 

Au XVIIe siècle

En 1634, la moitié du fief de Croissi est acheté par le roi Louis XIII pour être intégrée à la forêt du Vésinet. Il s'agit de la zone située à l'ouest de l'actuelle rue de l'écluse. L’abondance des remises (espaces qui servaient de refuges pour le gibier) a été longtemps néfaste au développement de l’agriculture. Pendant près de deux siècles, les paysans ne cessèrent de se plaindre des dégâts commis par les animaux. 

Frontispice du Tartuffe,
par P. Brissart.
Situé à proximité du château de Saint-Germain-en-Laye où résident régulièrement le roi et la cour, Croissi-la-Garenne attire des serviteurs de la reine Anne d’Autriche qui y font construire de vastes propriétés. On y rencontre son apothicaire, sa femme de chambre et confidente, son confesseur, un de ses gardes du corps.  
En 1644, la seigneurie est acquise par le chevalier François de Patrocles, écuyer principal de la reine. Pendant la Fronde, il chevauche aux côtés du carrosse de la famille royale. Dévot et crédule, il a inspiré Tallemant des Réaux (Les Historiettes, 1659) puis Molière en 1664 pour le personnage d'Orgon dans Le Tartuffe.


Au XVIIIe siècle

Croissy-sous-Chatou se limite à la grande rue, seules quelques petites fermes sont regroupées au hameau isolé de la Garde Plaine (au bout de l’actuelle rue des Gabillons). Le reste du territoire est couvert de champs, de vergers et de vignes. Il existe aussi plusieurs grandes propriétés. L'une d'entre elles, le Colifichet, appartient au célèbre collectionneur d’art Pierre-Jean Mariette.
Dans les années 1750, le château seigneurial est entièrement rebâti, il prend ainsi l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. En 1779, il passe aux mains du receveur général des finances Jean Chanorier
Sous la Révolution, plusieurs Parisiens viennent se réfugier dans le village. Parmi eux, en 1793, la future impératrice Joséphine de Beauharnais et ses deux enfants. Quelques années plus tard, elle achètera
sur les conseils de Jean Chanorier le château de Malmaison situé à quelques centaines de mètres, de l'autre côté de la Seine.

Au XIXe siècle

"Bain à la Grenouillère", Claude Monet, 1869,
Metropolitan Museum Of Art, New York.
A partir des années 1850, avec la construction du pont de Bougival, Croissy devient désormais un lieu de passage. L'ancien village isolé se transforme rapidement en petite ville. Un nouveau centre se développe autour de l'actuel boulevard Hostachy. Grâce à la création de la ligne de train reliant Paris à Saint-Germain-en-Laye, de nombreux Parisiens font édifier d’élégantes villas, notamment sur les berges de la Seine.
Avec la mode du canotage, les citadins de la capitale découvrent dès les années 1840, le charme sauvage de l’île de Croissy que l’on surnomme alors le Madagascar de la Seine tant la végétation y est dense et les mœurs de ses visiteurs "comparables aux indigènes des îles"...
En 1852, l
a mère Seurin, épouse d'un pêcheur et marchand de vin de Croissy, établit sur l’île un restaurant et des cabines de bain : la Grenouillère est née. Avec sa plage mixte, son service de  location de canots et son célèbre bal hebdomadaire, l'établissement va connaître un grand succès pendant plusieurs décennies.
Guy de Maupassant, louant une petite maison sur les bords du fleuve, fréquente assidûment les lieux. Dans La Femme de Paul et Yvette, il brosse un portrait très réaliste du lieu et de son atmosphère bruyante et populaire.
En 1869, Renoir et Monet y installent leurs chevalets. Ils immortalisent ainsi le camembert, un petit îlot planté d’un arbre unique, reliant l’île au bateau ponton par des planches étroites et glissantes... qui provoquent chutes et baignades imprévues !
La Grenouillère est la proie des flammes en  1889. La nouvelle Grenouillère est reconstruite l’année suivante mais le déversement de l’ensemble des égouts de Paris en amont de la Seine décourage progressivement les baigneurs et les canotiers.

Au XXe siècle

Lors de la crue de 1910, le niveau des eaux monte de plus de 7 mètres. 
Les berges sont submergées, les rues Paul Déroulède et Émile Augier sont noyées sous 2 mètres d'eau. Cernées, une cinquantaine d’habitations ont dû être évacuées à la hâte et quelques 200 malheureux ont dû fuir, abandonnant tout sur place. 
La Belle Époque s’achève en 1914 avec l’éclatement de la guerre, que chacun espère courte... et victorieuse. Afin d’assurer le ravitaillement de la capitale, les autorités militaires ont transformé une usine désaffectée du chemin de ronde en un vaste parc de bétail. Durant quatre ans, la liste des soldats tombés au front s'allonge jour après jour : au total, près de 150 Croissillons ont été tués pendant la Grande Guerre.

A partir de 1920, les lotissements des parcs des grandes propriétés du XIXe siècle vont attirer une nouvelle population travaillant à Paris et utilisant quotidiennement la ligne de chemin de fer de Chatou. De nombreux pavillons en briques et pierres meulières voient le jour le long des rues nouvellement créées ou viabilisées.

En juin 1940, les premières unités allemandes qui arrivent à Croissy découvrent une ville vidée des trois quarts de sa population. 300 militaires allemands cantonnent dans 27 propriétés réquisitionnées ou mises sous séquestre. La guerre a fait une cinquantaine de victimes (soldats morts au front, civils déportés, victimes des bombardements).

Les décennies 1950, 1960 et 1970 sont celles des mandats successifs du maire Fernand Hostachy. Le trafic automobile de plus en plus important a motivé la reconstruction du pont de Croissy-Bougival (1968). La ligne Paris-Saint-Germain-en-Laye est transformée en ligne A du RER (1972) plaçant la gare de Chatou-Croissy à une quinzaine de minutes de la capitale.

Entre 1980 et 2000, les derniers terrains agricoles disparaissent, cédant la place à des lotissements pavillonnaires.