Fantômas, la maison gallo-romaine et le Trio des Nudistes

Lors de l’Exposition Universelle de 1889, Charles Garnier, architecte de l’Opéra de Paris, présente aux visiteurs L’Histoire de l’habitation, une quarantaine de pavillons regroupés aux pieds de la Tour Eiffel et montrant l’évolution de l’habitat depuis la Préhistoire. A la fin de l’Exposition, certains pavillons démontés sont achetés et reconstruits ailleurs par des particuliers. 

La maison gallo-romaine
Chromo publicitaire de l'Exposition Universelle de 1889
Archives de Croissy, 4Fi2350

Parmi eux, l’explorateur, égyptologue et photographe Achille Lemoine, achète la « maison gallo-romaine du Bas-Empire » et la fait rebâtir en 1890 sur un terrain de l’île de Croissy, juste à côté de la Grenouillère. Entourée d’un pittoresque jardin, la maison devient rapidement un décor pour les photographies d’art, notamment les « nus de plein air », d’inspiration antique. Avec René Le Bègue et Paul Bergon, Achille Lemoine fait partie du Trio des Nudistes, un groupe de photographes spécialisés dans ce genre alors très prisé par le Photo-Club de Paris.

L'île de Croissy au début du XXe siècle. A droite, la maison gallo-romaine
Archives de Croissy, 4Fi2615

En 1907, son épouse Mariette y fait rencontrer Marcel Allain, alors clerc d’avoué, et le journaliste Pierre Souvestre. En été 1910, les deux jeunes auteurs publient dans le journal Comœdia leur premier feuilleton policier illustré, La Royalda, photographié dans le jardin de la maison gallo-romaine. Le commissaire Juve et le journaliste Fandor y enquêtent... Fantômas est né.

Mariette Lemoine devant sa maison gallo-romaine, vers 1905
Archives de Croissy, 4Fi2920

L’année suivante, en 1911, le premier volume de Fantômas est publié chez Fayard. Le début d’une longue saga. Marcel Allain achète en 1919 la maison gallo-romaine. Mais en 1927, il est, avec tous les propriétaires de l’île, exproprié par l’État lors de l’aménagement du bras navigable de la Seine. Comme la Grenouillère voisine, la maison gallo-romaine disparaît lors des travaux. Mais l’esprit de Fantômas hante toujours les lieux…

La première couverture de Fantômas, Fayard, 1911
Archives de Croissy, 4Fi2738

Article paru dans "Coté Croissy" n°92 - février 2019.

Sources :
Archives municipales : matrices cadastres 1G3-8, expropriations sur l'île de Croissy 3O3, dossier documentaire Lemoine 1BIO_LEM.
Archives départementales des Yvelines : minutes notariales de Chatou 3E6, autorisations du Service de la Navigation 3S1062.
Bibliothèque nationale / Gallica : Comoedia du 14 juillet au 24 septembre 1910 NUMP 14481.
Annabel Audureau, Fantômas, un mythe moderne au croisement des arts, Presse universitaires de Rennes, 2010.
Belle Epoque Nudes, Cassell Illustrated, Londres, 2000.
L. Boulanger, L'Exposition chez soi, Paris, 1889.

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