Antonine Pélissié (1841-1925) : gloire croissillonne de l’Odéon

Mademoiselle Antonine, de son vrai nom Marie-Henriette Mayliand, a été l'une des actrices vedettes des théâtres parisiens de 1860 à 1890. Elle fut aussi, pendant plus de quarante ans, la propriétaire d’une coquette villa à Croissy, son « refuge ».

Antonine en 1878 par Mulnier (détail)
Archives municipales 4Fi3235
« Des pieds de petit Chinois,
La musique d’une voix,
Des mains dont on pourrait dire
Qu’un baiser les ganterait,
Trente-deux perles de lait
Dans l’écrin d’un frais sourire !
De l’esprit de la gaîté,
Un talent fin, très goûté,
Telle est cette blonde actrice,
Qui pendant longtemps pleura
- Comme Calypso - l’ingrat
Ulysse !...
 »
(Henri Tessier).

Tout au long de sa longue carrière, « Mademoiselle Antonine sut, par sa vive intelligence, faire valoir une quantité de rôles où l’on venta son élégance, sa grâce et son esprit ». 

Fille naturelle d’une comédienne parisienne - Mademoiselle Juliette - Antonine naît à Paris en 1841. Élève du comédien Paul-Louis Leroux, sociétaire de la Comédie-Française, elle débute sur les planches à l’âge de 18 ans au théâtre du Gymnase où elle tient l’emploi de jeune première, « la plus ravissante des ingénues ». Jusqu’en 1865, elle y joue dans une quinzaine de pièces.
Après une saison au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, elle intègre en 1866 la troupe des comédiens du théâtre de l’Odéon. Amie et voisine croissillonne de Félix Duquesnel, directeur du théâtre, elle y reste à l'affiche pendant 25 ans. Son accent très parisien - « le grasseyement particulier aux indigènes de la capitale » - a fait sa renommée. En 1867, une jeune comédienne débutante nommée... Sarah Bernhardt est régulièrement la doublure d’Antonine sur les planches de l'Odéon. 


Le Figaro - 30 septembre 1880
BNF/Gallica

Photographiée par Nadar et Ferdinand Mulnier, Antonine fait son autoportrait dans le journal Le Gaulois en 1881 : « Il me semble que je laisserai, dans la galerie des contemporaines, un médaillon assez original, au nez à la fois solennel et badin, aux yeux ronds mais bien coupés, aux lèvres fines mais gourmandes ».


Antonine en 1880. Cliché Nadar
BNF/Gallica FT4-NA-236(1)

Au cours des années 1880, c’est à Croissy que l’actrice est la victime d’une tragique escroquerie, une épreuve douloureuse qui fait les grands titres dans la presse quotidienne nationale. Âgée de 40 ans et demeurée jusque-là célibataire, Antonine a rencontré un jeune parisien, neveu de l’un des principaux agents de change de la capitale. Rapidement, il conseille à l’actrice de placer, par son intermédiaire, toute sa fortune dans la charge de son oncle. Ce qu’elle fait sans hésiter. Elle achète « un délicieux petit cottage » à Croissy, à l’angle de la route du roi et de la rue des Courlis. Une maison qui appartenait auparavant au dramaturge Émile Augier. Les deux amants y roucoulent quelques mois « mais les frais d’une installation somptueuse, les notes de tapissiers, l’entretien des chevaux et des voitures épuisèrent rapidement le restant de la cassette de l’actrice ; il fallut recourir aux 300 000 francs déposés chez l’oncle. »

Antonine se rend alors à Paris chez l'agent de change. Abasourdi, le respectable financier lui répond qu’il n’est au courant de rien et qu’il n’a jamais reçu d’argent de sa part. L’actrice comprend alors qu’elle a été dupée et que le faussaire et l’amoureux ne sont qu’une seule et même personne. A son retour à Croissy, son jeune amant a déjà disparu avec ses affaires, il est en route vers la frontière.

La villa d'Antonine à Croissy
Archives municipales 4Fi3236

Après un quart de siècle passé sous les feux de la rampe, Antonine quitte la scène en 1892. Retirée du monde du spectacle, elle alterne sa retraite méritée entre son appartement parisien du boulevard Malesherbes et sa maison de la route du roi à Croissy.
Elle meurt chez elle, à Paris, en juin 1925, à l’âge de 84 ans.
La grande actrice qui vit débuter Sarah Bernhardt dans son ombre est aujourd’hui tombée dans le plus grand des oublis…

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Sources :
Archives municipales : matrices cadastres 1G3-8, dossier documentaire 1BIO_PEL.

Archives de Paris : état civil numérisé 17D232.
Bibliothèque nationale / Gallica : Le Figaro du 30 septembre 1880, Le Gaulois du 18 septembre 1881,
Henry Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français, Paris, 1902, vol. I, pp. 35-36.

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