Croissy 1815

Après la bataille de Waterloo le 18 juin 1815, l’armée des Alliés (Anglais et Prussiens) marche vers Paris. Napoléon s’est installé au château de Malmaison le 22 juin. Arrivés du Nord de la France, les Prussiens qui ont descendu le cours de l’Oise arrivent les premiers. Leur objectif est de franchir la Seine et de contourner Paris par l’Ouest car il n’y a pas de défense côté Sud. Tous les ponts de l’Ouest ont été détruits par l’armée française, seuls subsistent les ponts de bois de Chatou et du Pecq.
Le 29 juin, les Prussiens traversent et pillent Argenteuil puis Sartrouville et Montesson. A leur tête, le maréchal Blücher envoie une troupe vers Rueil pour enlever Napoléon… qui a quitté la Malmaison quelques heures plus tôt. Le pont de Chatou vient tout juste d’être brûlé par l’armée française.


La région parisienne (détail) en 1815

La troupe prussienne traverse alors le bois du Vésinet. Il lui est donné l’ordre d’attaquer le pont du Pecq afin de franchir la Seine et gagner l’autre rive au plus vite.
Face à 1500 soldats prussiens, une trentaine de militaires français décident de résister. Pendant deux heures, ils contiennent héroïquement l’assaut côté Vésinet tandis que d’autres soldats français tentent de faire sauter le pont du côté du Pecq.
En vain ! Les Prussiens forcent finalement le passage et s’emparent du pont. La voie est désormais ouverte pour l’armée prussienne qui s’engouffre. 
Exposé au passage de plusieurs dizaines de milliers de soldats étrangers, Le Pecq est dévasté.


La défense héroïque du pont du Pecq
Archives communales du Pecq 2 Fi 3666

Le lendemain, les Prussiens rétablissent un pont en planches à Chatou. Saint-Germain-en-Laye puis Versailles sont occupés. Entre les deux, Le Port-Marly et Louveciennes ont été dévastés à leur tour.
Le 1er juillet, la bataille de Rocquencourt oppose une dernière fois les troupes françaises aux troupes alliées. Napoléon abdique six jours plus tard.


Bien que protégé car n’étant pas sur un axe de passage, Croissy a été en grande partie pillé.
Pendant la semaine du 29 juin au 6 juillet, c’est la désolation : la population subit les exactions « d’une soldatesque effrénée ».
Les habitants se sont réfugiés « dans les bois dont ils n’osent sortir dans la crainte d’être maltraités indignement par les troupes étrangères qui menacent de mettre le feu aux habitations si on ne leur découvre le peu d’objets qui a échappé à leur pillage ».
Les troupes prussiennes ont poursuivi les habitants « sans distinction d’âge ni de sexe ».
Le maire Claude Boudin se distingue par son courage et son dévouement. Il se présente aux avant-postes prussiens et obtient le 6 juillet qu’un détachement de trente soldats d’infanterie rétablisse l’ordre et la sécurité dans la commune.
Entre temps, plusieurs notables croissillons ont été faits prisonniers par les Prussiens… notamment le curé Jean-Isaac Bricoteaux.
Le 14 juillet, le maire dresse un premier bilan des dommages causés par le passage des troupes depuis deux semaines.
Le château, déserté par son propriétaire, a été complètement saccagé. Dans le village et au hameau des Gabillons, les maisons ont été également forcées et visitées. Les paysans se plaignent du vol de leurs chevaux. Les récoltes sont anéanties. 12 000 bottes de foin récemment fauché dans les prés ont été enlevées. Sept hectares de céréales ont été coupés et emportés. Il n’y aura pas de moisson cette année. Et il n’y a plus de gibier à chasser dans les bois du Vésinet… : « les habitants sont réduits à la misère la plus affreuse ».

Les dégâts commis au château de Croissy

Du 11 juillet au 1er août, 450 soldats anglais et leurs 500 chevaux cantonnent à Croissy. Ce sont des soldats du 7e régiment de hussards.
Puis, durant près de deux mois, du 26 août au 21 octobre, 500 soldats anglais et leurs 511 chevaux cantonnent à leur tour dans la commune. Ce sont, cette fois, des soldats du 3e régiment de dragons.
Les habitants sont vraiment à la peine, condamnés à fournir le gîte et le couvert à chaque soldat ainsi que le fourrage pour les chevaux.
Au total, près de 1000 soldats ont occupé Croissy pendant 73 jours. Le double de la population du village.
Les certificats délivrés par la mairie en octobre 1815 révèlent que les Croissillons ont dû céder aux occupants la valeur de 7 131 francs de vivres et de fourrages : avoine, œufs, vin, bois, pain, bottes de paille et de foin, etc.
En parallèle, la commune a dû supporter 7 463 francs de charges.
Une somme importante pour le budget d’un petit village… à laquelle va s’ajouter la contribution extraordinaire de guerre que les communes du département devront payer aux Prussiens : deux millions de francs.
Les finances de la commune vont être durablement impactées : il faudra plusieurs années à Croissy pour s’en remettre.
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Sources : 

Archives municipales de Croissy, registre des délibérations du conseil municipal, an IX-1837, 1 D 2,
Archives municipales de Croissy, réquisitions de 1815, 3 H 1,
Archives départementales des Yvelines, rapports du cabinet du préfet de Seine-et-Oise, 4 M 1/22 et 4 M 1/25,
Les occupations étrangères à Saint-Germain-en-Laye en 1814 et en 1815-1816, Jacques Hantraye, bulletin des Amis du Vieux Saint-Germain n°40 (2003).
Ordre et désordres à Saint-Germain-en-Laye au XIXe siècle : Saint-Germain-en-Laye ville occupée 1814-1815 et 1870-1871, collectif, Les Cahiers de l’université libre de Saint-Germain-en-Laye n°30 (2002).

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