Les closoirs de la chapelle Saint-Léonard

Ces quatorze petits portraits ("closoirs") représentent différents personnages, hommes et femmes, et se divisent en deux séries distinctes. Ils sont attribués à l'atelier de Bonifacio Bembo, peintre italien du milieu du XVe siècle.
Les closoirs étaient des petits panneaux décoratifs, de forme concave, fixés entre les solives des plafonds des riches demeures. Très à la mode dans la Lombardie du XVe siècle, ils montraient souvent des personnages représentés en buste de face ou de profil.

Closoirs disposés entre des solives et une poutre

On ignore à quelle époque ces quatorze closoirs ont quitté leurs plafonds lombards pour arriver en France. À la fin du XIXe siècle, plusieurs closoirs de même facture avaient fait leur apparition dans les collections publiques et privées. Ceux de l’ancienne église de Croissy ont été installés par l'un des propriétaires successifs de l'édifice. Après son achat par la ville de Croissy en 1976, l’ancienne église est complètement restaurée et remaniée au début des années 1980 pour être aménagée en galerie d’art et salle de concert. Elle a pris plus tard le nom de chapelle Saint-Léonard.
En 2012, les quatorze closoirs ont bénéficié d’une protection au titre des Monuments Historiques.

La série des personnages aux phylactères

Caractéristiques du style gothique tardif, neuf des quatorze closoirs de Croissy montrent une série de portraits d’hommes et de femmes, héros de récits légendaires, portant chacun leur nom sur un phylactère.

Les personnages aux phylactères

Les neuf personnages, présentés de face, de trois-quarts ou de profil, sont entourés d’un même cadre peint aux motifs enrubannés. Ils se dégagent sur un fond monochrome parsemé de volutes végétales.
Huit personnages aux attitudes variées, déroulent un long phylactère - un rouleau déplié - sur lequel est écrit leur nom en lettres gothiques. Un seul d’entre eux n’est pas nommé et semble éclore d’un bouton floral.
Proches des dessins de l’enluminure et des romans courtois, comme le démontrent les vêtements et la facture des visages, ces portraits s’associent à un cycle iconographique de l’épopée chevaleresque.


La série des personnages aux chérubins

Œuvres tardives de Bonifacio Bembo, quatre des quatorze closoirs de Croissy montrent une série de portraits idéalisés de jeunes gens de la Cour de Milan. Les personnages arborent tous dans leur coiffure une broche de perles surmontée d’un chérubin.

Les personnages aux chérubins

Présentés en buste de face ou de trois-quarts sur un fond bleu foncé, les personnages sont peints au centre d’un encadrement architectural composé de deux colonnes torsadées roses rehaussées de touches blanches pour marquer les volumes. 176 autres closoirs de même facture sont aujourd’hui recensés dans le monde. En France, le Musée des arts décoratifs à Paris et le musée national de la Renaissance à Écouen en conservent quelques exemplaires.
Ils proviennent tous du plafond d’un immeuble situé rue Ettore Sacchi à Crémone où se trouvait au XVe siècle une résidence de la duchesse de Milan qui avait commissionné Bembo pour y faire des peintures décoratives.
Ce palais est ensuite devenu un monastère dit « de la Colombe », d’où le nom donné à cette série de closoirs démontés à la fin du XIXe siècle et dispersé dans les collections publiques et privées du monde.
Œuvre tardive du maître, cette série de closoirs a été produite dans les années 1460-1470 comme en témoignent les coupes de cheveux des jeunes hommes ainsi que les coiffures à cornes des demoiselles, consistant en deux petits chignons placés au niveau des oreilles et recouverts d’un voile tenu par une broche en guise de bijou.
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Sources :
Bonifacio Bembo (1420-1477) et les closoirs du monastère de La Colombe : étude stylistique et matérielle d’un cycle de peintures décoratives, mémoire de Master, 2012, Léa Guillaume-Gentil, Haute École des Arts de Berne,

Catalogue de l'exposition "Il colore dei volti" sur une série de closoirs de Bonifacio Bembo présentée à la Pinacoteca Ambrosiana de Milan, 2013, Isabella Marelli, Valeria Villa, Chiara Sotgia.



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