1634 : une partie de Croissy est annexée par la garenne du Vésinet

En hiver 1634, les Croissillons voient près de la moitié de leurs terres agricoles vendues de force par leur seigneur au roi Louis XIII pour l’agrandissement de sa réserve de chasse : la garenne du Vésinet.
Ces terrains demeurent sur le territoire de Croissy mais n’appartiennent désormais plus au seigneur et à ses paysans.

L’extrémité de la boucle au XVIIe siècle,
Archives départementales des Yvelines, A 43

Au début des années 1630, le village de Croissy-Saint-Léonard compte à peu près 200 habitants. Ce sont principalement des familles de vignerons ; on y trouve aussi quelques pêcheurs et des laboureurs. Le village se limite à la grande rue, dans la partie située au nord de l’église Saint-Léonard, autour du carrefour avec la rue de l’abreuvoir.
En bas de la rue de l’abreuvoir, un bac permet de traverser la Seine entre deux îles et rejoindre le bourg du Rueil par la route de Saint-Léonard (à l’emplacement actuel du golf de Rueil-Malmaison).
Mais depuis 1626, un pont de bois a été édifié à Chatou en replacement d’un bac. Pour les habitants de Croissy, le village voisin devient désormais le lieu de passage le plus commode d’une rive à l’autre.

Le seigneur de Croissy, Jacques Robineau, est un marchand drapier protestant de Paris, il a hérité de la seigneurie de Croissy en 1619.
Son fief s’étend sur 924 arpents mais comme les autres seigneurs de Croissy avant lui, il possède également le fief des Granges Raoul-Fournier qui s’étend, lui, sur 120 arpents. Il est situé au nord-ouest du fief de Croissy et est rattaché à la paroisse de Croissy.
Au nord des deux fiefs croissillons, la garenne du Vésinet, terrain des chasses royales partagé entre les paroisses du Pecq et de Chatou, fait partie depuis 1604 du domaine de la Couronne.
Cette garenne confiée à la Maîtrise des Eaux-et-Forêts est rattachée pour sa surveillance à la Capitainerie générale des Chasses de Saint-Germain-en-Laye.
Depuis 1604, elle n’a cessé d’être agrandie par le roi : de 282 arpents sous Henri IV, elle passe à 637 arpents en 1612 par des acquisitions à Chatou et aux Bordes (Montesson). Un pont de bois est construit en 1627 au Pecq pour relier la garenne à la rive gauche de la Seine.
En janvier 1634, le seigneur de Croissy est contraint de vendre au roi Louis XIII une énorme partie de son territoire : 60 %. Il s’agit de l’intégralité de son fief des Granges Raoul-Fournier et d’une partie conséquente de son fief de Croissy.

A gauche, le fief des Granges Raoul-Fournier et la partie
du fief de Croissy vendus au roi.
D'après Archives départementales des Yvelines, A 43

Le seigneur Robineau n’a consenti à cette vente que pour obéir à la volonté royale : « Sa Majesté a désiré unir ces terrains à sa garenne de Sainct Germain en Laye », « ils ont été vendus au Roy par son commandement ».

L’acte de vente est signé le 21 janvier 1634 devant Edmé Bonot et André Guyon, tous deux notaires à Paris. Le seigneur Robineau vend 444 arpents au roi pour la somme de 27 000 livres tournois. La garenne royale du Vésinet passe ainsi de 637 à 1081 arpents. 

Le contrat de vente (détail),
Archives départementales des Yvelines, G 630

Les 444 arpents vendus par le seigneur de Croissy se décomposent ainsi : 100 % du fief des Granges Raoul-Fournier (120 arpents) et 42 % du fief de Croissy (324 arpents).
Ils sont composés de :
- 30 arpents d’ormeraie (plantation d’ormes), 
- 11 arpents de saussaie (plantation de saules) et de motteaux (prés inondables au bord de la Seine), 
- 36 arpents de terres à buissonnages attenants à l’ormeraie et à la saussaie,
- 367 arpents de terres labourables.
Sauf l’ormeraie et la saussaie, 82 % de ces 444 arpents étaient auparavant des pâtures ou des terres cultivées et exploitées par les paysans de Croissy. Elles étaient ensemencées tous les ans. On y faisait pousser du blé et du sainfoin.
Ces terres, les plus riches du territoire de Croissy, sont désormais « mises en non-valeur » et transformées en « friches, garennes et bruyères ». Trente ans plus tard, en 1664, elles seront plantées d’ormes, d’érables, de tilleuls et de châtaigniers. Une petite faisanderie sera aménagée à l’emplacement de l’actuel Hôpital du Vésinet, un potager puis une grande faisanderie, à l’emplacement de l’actuel Institut de recherches Servier à Croissy.
Enfin, l’acte de vente de 1634 a obligé le seigneur de Croissy à faire planter des « hautes bornes » entre la partie du territoire qu’il conserve et celle qu’il a dû vendre au roi.
Un fossé sera creusé onze ans plus tard aux frais du chevalier de Patrocles, nouveau seigneur de Croissy, afin d’empêcher l’intrusion des bêtes sauvages dans les cultures des paysans croissillons. Un chemin longe ce fossé, c’est l’actuelle rue de l’écluse. 


Plan de la garenne du Vésinet en 1754,
Archives départementales des Yvelines, A 382

En 1685, les paysans de Croissy, appauvris car privés des terres les plus fertiles, se plaindront directement au roi : « Le roy deffunt avait acheté ces arpents de terres pour augmenter la garenne du Vésinet et laissa venir les terres achetées en bruyères. On a occupé une partie de ces terres depuis en plans, avenues, deux faisanderies. Le reste des terres de Croissy consiste en une plaine sablonneuse dont on ne retire presque rien ».

Sous la Révolution, seulement 363 arpents sur les 444 arpents initiaux de la forêt du Vésinet seront démembrés et « rendus » aux habitants de Croissy.
Toute la zone située entre l’actuel chemin de ronde et la Seine sera rapidement remise en culture.
Le reste repassera dans le domaine de la Couronne sous l’Empire avant d’être définitivement annexé par la nouvelle commune du Vésinet en 1875.

_______
Sources :
Archives départementales des Yvelines, aveu et dénombrement de 1622, E 597,
Archives départementales des Yvelines, aveu et dénombrement de 1634, E 598,
Archives départementales des Yvelines, contrat de vente au roi, imprimé, 1634, G 630,
Archives départementales des Yvelines, lettre du prieur-curé au roi, 1685, G 630,
Archives nationales, minutier central, minutes de l'étude Bonot, ET/XXX/17,

Archives départementales des Yvelines, plan de la garenne du Vésinet par Matis, 1754, A 382, 
Archives départementales des Yvelines, plan général de Versailles et de ses environs par Caron, A 43.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire