Le monument aux morts du cimetière, 1921

Peu de communes en France sans leur monument aux morts. Le traumatisme de la Grande Guerre fut tel que les municipalités firent toutes ériger un lieu du souvenir dans les années qui suivirent l’Armistice.
A Croissy, c’est en février 1919 que la municipalité décida de la construction d’un monument dans le cimetière pour rendre hommage aux 145 poilus morts entre 1914 et 1918.
27 architectes se sont portés candidats et ont envoyé maquettes et plans à la mairie. C’est finalement le projet d’Albert Le Monnier qui est retenu. Cet architecte parisien, médaillé d’or au Salon des Artistes français, lauréat de l’Institut et ancien professeur d’architecture à l’Université de Boston, a dessiné un monument de style Art déco, moderne et simple : "une œuvre vigoureuse, sobre de lignes, traduisant nettement le sentiment de mâle fierté qui guidait dans leur action les défenseurs de la Patrie."

Le chantier commence en juin 1921. Un entrepreneur de maçonnerie croissillon, Aimé Pellé, est chargé du gros œuvre en moellons. Un tailleur de pierres parisien se charge de la fourniture et de la pose du parement en pierres d’Euville. Enfin, c’est le statuaire et sculpteur lillois Georges Vérez, lauréat du Grand Prix de Rome et membre du jury au Salon des Artistes français, qui se charge de la sculpture des motifs décoratifs, laissant à un graveur parisien le soin d’immortaliser dans la pierre le nom des héros croissillons.


Souvenir de l'inauguration,
archives municipales de Croissy

L’inauguration a lieu le 1er novembre 1921. Parents, femmes et orphelins des soldats décédés, mais aussi anciens poilus et leurs familles, se pressent autour de la fanfare, des écoles, de la municipalité et du député André Tardieu, le « bras droit » de Clémenceau. Le service d’ordre est assuré par la brigade de gendarmerie de Chatou.

La cérémonie commence par un rassemblement dans le parc de la mairie suivi d’un long cortège jusqu’au cimetière où a lieu la réception officielle. Le curé, le père Chéry, avait demandé l’autorisation de bénir le monument pendant l’inauguration mais la municipalité, "se jugeant incompétente sur la question", a décidé de ne pas donner suite à sa demande. Sujet de discorde au sein du conseil municipal, la participation du patronage paroissial sportif La Jeunesse de Croissy a été finalement tolérée à la condition de ne montrer ni drapeau ni emblème religieux.


L'inauguration
On ignore le contenu du discours de Raymond Mallet, le maire-pharmacien de Croissy, et celui du député Tardieu. On sait par contre qu’à la fin de la cérémonie, la section locale du parti communiste tenta un coup de force pour monter sur l’estrade officielle. Les gendarmes de Chatou leur barrèrent le chemin. Un conseiller municipal hurla "Avec les communistes, on ne discute qu’à coups de poings !", et, après quelques heurts dans le public, les communistes parvinrent finalement à escalader l’estrade officielle en clamant "A bas la guerre ! Vive le communisme !"

Une drôle d’inauguration, marquée par les vieux conflits d’avant-guerre sur la séparation de l’Église et de l’État, et annonçant déjà, à sa manière, les luttes politiques locales de l’entre-deux-guerres.

________
Sources :
Le Semeur de Versailles, 28 avril et 3 novembre 1921,
L’Humanité, 2 novembre 1921,
Archives municipales, registre des délibérations du conseil municipal, 1 D 121,
Archives municipales, dossier de la construction et de l’inauguration du monument aux morts, 1919-1922, 5 M 8,
Archives municipales, fonds iconographique, 4 Fi.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire