François de Patrocles (1606-1694), écuyer de la reine et seigneur de Croissy

Fils d’un écuyer originaire de Dijon, François reprend en 1642 la charge de son père défunt, écuyer de la reine Anne d’Autriche. Au service de la reine en voyage, il mène les chevaux attelés, il aide aux relais et chevauche aux côtés du carrosse royal. Il participe également aux Cérémonies pendant les voyages en tant qu'assistant chargé de donner des ordres aux autres officiers des Écuries.
"Aussi longtemps que dura la minorité de Louis XIV, Patrocles chevaucha aux côtés du carrosse de la reine à travers la capitale en armes comme au milieu des provinces soulevées. Pendant la Fronde, il montra dans l’accomplissement de son devoir, alors entouré de dangers, du sang-froid et du courage" (Jean-Charles Bonnet).

Les armes de la famille Patrocles :
un chevron et trois merises
Il a 37 ans quand il épouse en août 1643 Louise-Angélique d’Ansse, âgée de 18 ans, fille de l’apothicaire et de la femme de chambre d’Anne d’Autriche. Réputée pour « les charmes de son visage », elle fait les délices de la Cour.
Grâce à ses beaux-parents qui demeurent à Paris et à Croissy à la belle saison, la reine Anne d’Autriche, devenue régente, lui attribue l’année suivante (1644) la seigneurie de Croissy qui appartenait à un gentilhomme protestant.
Usant de son crédit auprès d’Anne d’Autriche, il obtient des Lettres Patentes du jeune roi Louis XIV en novembre 1644 qui lui permettent de clore le parc de son château de Croissy d’une enceinte fortifiée.

Avec sa belle-mère Madame d’Ansse, il restaure l’église du village et y fait d’importants travaux en 1644-1645 : construction de deux chapelles latérales privées, boiseries, peinture d’une litre funéraire en hommage à son père mort deux ans plus tôt, il installe aussi un grand tableau, une Crucifixion de Simon Vouet, et fait fondre de nouvelles cloches.
Très dévot comme sa belle-mère, il veille à la répression de tous les manquements extérieurs à la religion. Le 18 septembre 1644, il écrit aux habitants de Croissy qu’il n’entend pas souffrir "plusieurs irrévérences et quelquefois juremens et déportemens licencieux dont n’a esté cy-devant faict punition à cause que le seigneur estoit de la religion prétendue réformée".
Il s’installe en 1649 à l’intérieur de l’enclos de l’hôpital royal des Quinze-Vingts au côté de sa belle-mère Madame d’Ansse. Les Quinze-Vingts se trouvent alors entre le Louvre et les Tuileries. En même temps, en 1650, il fait refaire pour la somme considérable de 5.500 livres les maçonneries, couvertures et enduits du château de Croissy, il créé et aménage en terrasse le jardin du closeau (actuel parc du prieuré).
Le 29 octobre 1651 il écrit à son procureur fiscal de Croissy : "Je vous ordonne de tenir la main à ce que la justice soit bien observée et maintenue dans mon village et que vous ne souffriez aulcun désordre sans punition et particullièrement poinct de blasfesme ny jurement quelconque".






Signature de François de Patrocles, archives de Croissy

Orgueilleux et procédurier, il supprime et incorpore dans le parc de son château des chemins publics, provoquant ainsi protestations et procès qui l’opposent aux bourgeois de Paris en résidence à Croissy (Rocourt, Mitton, Bourgeade, Donneau de Vizé, La Rocque), aux curés successifs (Forceville puis Bourgeois dont les armoiries sont bûchées de la chaire en 1666) et aux simples villageois « ses manants ». "Il est sur sa terre, au milieu de la petite colonie d’officiers de la reine groupée pour goûter les plaisirs de la campagne, de la verdure et des jardins, un Louis XIV, un Roi-Soleil, et il entend que chacun s’incline devant sa majesté seigneuriale" (Jean-Charles Bonnet).

En 1655, c’est dans son domicile parisien qu’il partage avec sa belle-mère qu’il se lie avec un certain Nicolas Charpy de Sainte-Croix. En effet, devenue veuve, Madame d’Ansse avait rencontré cet aventurier dans l’église des Quinze-Vingts. Prêchant la simplicité, l’humilité et la vertu, il avait séduit la vieille dame et ne tarda pas à venir vivre auprès d’elle. Des relations amicales sont promptement établies avec Patrocles grâce aux pratiques de piété qui leur sont communes. Mais ces relations ne tardent pas à amener une liaison d’une « nature tendre » avec Madame de Patrocles à l’insu du mari qui a longtemps refusé d’ouvrir les yeux. L’imposture de ce faux dévot fut finalement dévoilée et fit alors le tour de Paris.
L’histoire fut relatée en 1659 dans les célèbres Historiettes de Gédéon Tallemant des Réaux avant d’être en partie reprise cinq ans plus tard par Molière pour son Tartuffe (Patrocles serait Orgon).


Frontispice du Tartuffe, XVIIe siècle

A la mort d’Anne d’Autriche en 1666, son service d’écuyer se trouvant supprimé, ainsi que la charge de sa femme, il se retire définitivement à Croissy.
En 1673, il se plaint à l’archidiacre de Paris de "l’abus commis par les filles du village qui osent danser publiquement toutes les soirées de fêtes et dimanches devant la croix du carrefour".
Son épouse décède le 2 février 1675. Elle est inhumée dans l’église. Âgée de 50 ans à peine mais épuisée par la maternité (neuf enfants dont deux parvenus à l’âge adulte) et les couches laborieuses qui l’ont mise plus d’une fois aux portes de la tombe.
Resté seul, il perd progressivement la vue. Ce qui ne l’empêche pas de se remarier à Croissy le 26 juin 1684 (il a 78 ans) avec Anne Racault, une demoiselle sans fortune, ancienne dame de compagnie de son ancienne femme.


Il s’éteint à Croissy le 23 juillet 1694 (88 ans). Il est inhumé dans le chœur de l’église.
Son squelette, long de plus de six pieds, fut exhumé en 1886 avec celui de son épouse. Les deux dépouilles et celles de leurs enfants ont été déposées à la Société d’anthropologie de Paris (fonds du Musée ethnographique du Trocadéro / Musée de l’Homme à Paris).
La terre de Croissy restera par la suite propriété de la famille Patrocles jusqu’à la mort de son fils René de Patrocles (1648-1717).


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Sources : 
Histoire de Croissy-sur-Seine, Jean-Charles Bonnet, 1894 réédition Res Universis 1991.
État de la maison d’Anne d’Autriche, Archives départementales des Yvelines, E 601.
Registre des baptêmes, mariages et sépultures, archives municipales de Croissy-sur-Seine, 1 E 2.
Michel et Marie d’Ansse, serviteurs d’Anne d’Autriche, Côté Croissy n°40, septembre 2009.
Historiettes, Tallemant des Réaux, édition de la Pléiade, Gallimard 1960.
Bulletin de la société d’anthropologie de Paris, séance du 3 février 1887, BNF.

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