Théophile Poilpot (1848-1915) : panoramiste et archéologue

Si on évoque souvent le passé impressionniste de Croissy, il ne faut pas oublier qu'à la même époque, des peintres plus académiques y séjournèrent. Bien que célèbres en leur temps, ces derniers sont aujourd'hui tombés dans l'oubli. Parmi eux, Théophile Poilpot.

Né à Paris en 1848 et formé aux Beaux Arts par les papes de l'académisme "pompier" du XIXe siècle, Théophile demeura toute sa vie fidèle au style rigoureusement classique de ses maîtres.
Dédaignant l'impressionnisme de ses jeunes contemporains, il se consacre dès ses débuts à la peinture de grandes fresques historiques et militaires, puis se spécialise rapidement dans la réalisation de panoramas, oeuvres gigantesques présentées dans des salles spécialisées. Mobiles, les panoramas de Poilpot font ainsi l'objet d'expositions itinérantes à Paris où de nombreux établissements sont consacrés à ce type de peinture. Ses œuvres rencontrent un vif succès lors des expositions universelles de 1889 et 1900. On lui confie aussi la décoration de la galerie des Lettres et des Sciences de la Sorbonne, le hall de l'hôtel de ville de Neuilly et du très chic hôtel Meurice à Paris.


En 1896, Poilpot cherchait depuis longtemps un coin original pour penser et composer à son aise, quand il acquiert à Croissy, pour la modique somme de 3000 francs, l'ancienne église du XIIIe siècle, "un luxe inouï dans notre époque de platitude modern' style". Il y installe un original atelier-musée. 
Quelques mois plus tard, un journaliste vient lui rendre visite : "Pas d'interview surtout, les ombres qui hantent ce lieu en pourraient frémir d'indignation". C'est donc dans le jardin attenant que l'artiste se confie et évoque son arrivée à Croissy : "Je passai un jour ici et je vis l'écriteau "église à louer" qui excita ma curiosité. J'allai demander des explications au maire et finalement, au lieu de devenir locataire de cette église désaffectée, je l'ai acquise à derniers comptant. Je vais tâcher d'y joindre l'ancienne cure et un pavillon au bord de l'eau. Mais n'en parlez pas ! Ces damnés paysans me tiennent la dragée haute ; et s'ils s'imaginaient que j'ai bien envie de leurs bicoques, je n'en viendrai pas à bout..."

Carte postale du début du XXe siècle.
Poilpot y entreprend d'importants travaux de restauration, sauvant ainsi l'édifice d'une ruine certaine. Désaffectée depuis une quinzaine d'années, l'église servait d'étable pour les vaches ! Il a même l'idée d'y effectuer des fouilles archéologiques : "On assure qu'un évêque est enterré quelque part sous le porche ou sous les dalles du chœur. Je vais le faire chercher avec tout le respect qui lui est dû" déclare-t-il."La pioche rencontra des sarcophages, des pierres gallo-romaines, des tablettes, toute une collection à rendre jaloux les musées parisiens" affirmera très sérieusement un journaliste visitant le chantier. "Tout contre l'autel, une galerie a été découverte, elle s'enfonce dans la direction de la Seine. Où mène-t-elle ? Vers une retraite mystérieuse ? Vers une sépulture ? Vers un trésor ?". On ignore malheureusement aujourd'hui les suites de ces investigations....

Durant vingt années, Poilpot séjourna à Croissy tous les étés. Devenu une figure incontournable du milieu de "l'art officiel", ses obsèques en février 1915 sont filmées et diffusées aux actualités cinématographiques Gaumont. Il repose depuis au cimetière de Croissy.
Grâce à lui, Croissy a conservé son plus vieux monument, l'actuelle chapelle Saint-Léonard. Merci l'artiste !

Article paru dans "Côté Croissy" n°10 - septembre 2004. 



     

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