Roger Henrard (1900-1975) : un Croissillon dans les airs

Pilote acrobate et infatigable chasseur d’images, ce Croissillon compte parmi les pionniers et les plus grands noms de la photographie aérienne. Il survola la France entière entre l’après-guerre et les années 1970.

"L’enragé du ciel" (ainsi se définissait-il) naît à Paris en 1900. Peu intéressé par les études, il se lance dès l’âge de 16 ans dans la vie active et exerce plusieurs petits métiers avant d’être engagé par les Établissements Schmidt, les constructeurs du Breguet 14 (célèbre avion de la Grande Guerre) où il est chargé du montage des instruments de bord. En 1918, il obtient, peu avant l’armistice, son affectation militaire dans un centre de formation de pilote.

Après-guerre, il rejoint son père dans les Établissements Jules Richard, une usine du XIXe arrondissement où sont fabriqués de nombreux instruments de mesure et de photographie, notamment le célèbre vérascope (appareil photo stéréoscopique). Quand son PDG Jules Richard meurt en 1930, il lègue la majorité de ses actions et de ses biens à son plus proche collaborateur : Léon Henrard (père de Roger) qui prend ainsi la direction de l’entreprise.
Devenu l’assistant de son père, Roger va pouvoir combiner sa passion pour le vol et ses compétences techniques de photographe. 

En 1933, il acquiert un vieil avion Farman, qu’il équipe, pour ses prises de vue, d’un appareil à la pointe de la technologie… de l’époque, le planiphote automatique (commercialisé par son entreprise), permettant le "mitraillage" photographique en volant à 100 Km/h.
L’hebdomadaire L’Illustration publie en 1938 ses premières vues aériennes de Paris, et de 1938 à 1939, les services secrets lui confient des missions d’espionnage aérien au-dessus de l’Allemagne. Roger y prend plus de 10.000 clichés…


En 1939, il est mobilisé comme pilote de chasse dans l’escadrille de Jules Roy avec qui il se lie d’amitié. En 1942, il rejoint les forces alliées en Afrique du Nord. A la fin de la guerre, il s’installe avec sa femme et ses deux enfants à Croissy, dans une belle villa de la fin du 19e siècle, œuvre de l’architecte Tropey-Bailly, située en bordure du fleuve à la limite de Chatou. Il y demeurera plus de 30 ans. 


Vue aérienne de Croissy, début des années 1970, par Roher Henrard.
Devenu PDG des établissements Jules Richard en 1953, il délègue la gestion de l’entreprise pour se consacrer désormais exclusivement à la photographie aérienne.
Exerçant un contrôle sur tout (de la préparation des prises de vue au classement des épreuves), il quadrille et photographie la France entière, réussissant même à convaincre les autorités civiles et militaires de le laisser survoler Paris à très basse altitude.
"Il prend ses photos avec toute la précision d’un pilote de chasse. Il calcule ses heures d’arrivée, ses itinéraires et repère toujours quelque terrain de fortune pour s’avachir en cas de panne de son unique moteur. Au-dessus de Paris, par exemple, il est à peu près sûr de pouvoir toujours se flanquer dans la Seine entre deux ponts, sur les plants de salades et d’épinards de Gennevilliers ou les verrières de la gare de l’Est ?" C’est ainsi que son ami l’écrivain Jules Roy évoque, en 1953, la manière dont il préparait ses reportages, après avoir transformé son avion Norécrin monomoteur en "laboratoire optique".


Jusqu’aux années 1970, ses vues aériennes obliques en noir et blanc des communes françaises ont été très largement diffusées par les principaux éditeurs de cartes postales. 


Roger Henrard s’éteint en juin 1975 dans sa propriété croissillonne de l’avenue des tilleuls. 


Article paru dans "Côté Croissy" n° 25 - mars 2007.



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