Pierre Balmain (1914-1982) : un grand nom de la mode à Croissy

Pendant près de 15 ans, Croissy eut pour hôte Pierre Balmain, un nom qui a fait le prestige de la France. Retour sur l’idylle qui a liée Croissy au grand couturier.

Né en Savoie à Saint-Jean-de-Maurienne en 1914 où ses parents dirigent une boutique de mode (Les Galeries Parisiennes), le petit Pierre est élevé par sa mère et ses tantes.
Il passe de longs moment au magasin, feuilletant les illustrés de mode et jouant avec les tissus… 

A l’adolescence, une vocation est née : il travaillera "dans la mode".
Monté à Paris pour suivre des études d’architecture à l’école des Beaux-Arts, il entre à 20 ans chez le couturier Edward Molyneux puis, cinq ans plus tard chez Lucien Lelong.

A la Libération, fort d’avoir fait ses classes chez ces deux grands couturiers de l’entre-deux-guerres, il ouvre sa propre maison et s’installe en plein VIIIe arrondissement.
Dès sa première collection en 1946 c’est le succès, un succès qui ne le lâchera plus !
Broderies élégantes, formes ajustées et confortables : il s’inscrit pleinement dans la mouvance du "New Look", ce mouvement de modernisation du vêtement féminin d’après-guerre. Comme son contemporain et ami Christian Dior, il propose une silhouette rénovée "où la poitrine soulignée et la taille étroite épousent les formes du corps féminin".
Bientôt s’élabore l’image d’une femme active et élégante avec une touche de désinvolture. C’est la naissance du style "Jolie Madame" qui symbolise le nouveau style français.

Au sommet de sa gloire, le couturier habille de nombreuses vedettes françaises ou étrangères telles que Brigitte Bardot, Marlène Dietrich ou Katharine Hepburn. Démocratisation de la mode oblige, les années 1970 donnent ainsi naissance au prêt-à-porter de grande diffusion qui s’implante avec succès sur le marché.

En 1954, las de Paris où son activité lui fait mener une vie harcelante, il achète à Croissy une villa édifiée en 1875 et située au 32 quai de l’écluse. Une propriété surplombant la Seine et entourée d’un grand parc ombragé avec une pièce d’eau, "dans le calme d’une banlieue d’arbres et de prés". 


La villa de Pierre Balmain dans les années 1960.

Réquisitionnée par l’armée allemande pendant l’Occupation et ruinée par l’explosion d’une péniche chargée de munitions en août 1944, la villa, abandonnée dans son parc en friche, est en bien mauvais état… L’idéal pour le grand couturier. Une occasion unique de matérialiser son rêve : une maison pour lui et repensée par lui :
- "Démodée, cette bourgeoise de la Belle Époque était tentante, malgré ses marquises en fonte et ses vérandas, vilaines verrues plaquées sur des murs heureusement construits en bonne pierre, comme on faisait en se temps-là", explique-t-il.
Tout ce qui date la maison d’une époque qui aimait la surcharge est impitoyablement supprimé : les vérandas sont transformées en ailes basses avec terrasses, les balcons, simplifiés, s’ornent de croisillons de fer forgé de style Directoire. Le couturier, qui n’a pas oublié ses études d’architecture, applique à sa maison la même recherche de simplicité qu’à ses modèles féminins. Enfin, il organise de somptueuses fêtes nocturnes dans son parc…

Sous le titre "Une folie sur la Seine", un reportage illustré paru en 1959 dans le magazine Plaisir de France nous fait pénétrer dans sa maison fraîchement transformée. Le couturier y présente sa riche collection d’objets et de mobilier du XVIIIe siècle.

Pierre Balmain quitte Croissy à la fin des années 1960. Sa villa est conservée mais son vaste parc est alors morcelé pour donner naissance, en 1971, à un lotissement pavillonnaire.

Le grand couturier s’est éteint en 1982, mais la Maison Balmain a depuis continué l’aventure en maintenant la tradition tout en développant et renouvelant dans le même esprit le style et la création. 


Article paru dans "Côté Croissy" n° 37 - mars 2009.


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