Ne voyez-vous rien venir ?

Il peut parfois être fâcheux d'avoir des homonymes. En 1882, Croissy fut victime d'une méprise avec une commune du même nom. L'anecdote fut largement plaisantée par le presse parisienne...

12 septembre 1882. Le maire reçoit une lettre émanant des autorités militaires le priant de porter à la connaissance de ses administrés qu'au cours d'une série de grandes manœuvres, un corps de troupe de 1600 soldats fera bientôt une halte de 24 heures à Croissy pour prendre de la nourriture et un peu de repos.
Immédiatement, le maire fait annoncer à son de caisse les dispositions de l'administration militaire et invite l'ensemble de ses concitoyens à prévoir des lieux de cantonnement et à s'approvisionner en vivres en quantité suffisante pour pourvoir à l'alimentation du nombre considérable de soldats qui est annoncé.


On comprend l'émoi qui se répand alors dans le bourg à cette nouvelle : le nombre d'hommes dont on attend la venue est égal à celui des habitants de la commune, chacun a donc droit à son soldat ! Les maraîchers aménagent promptement leurs granges et leurs cours, les boulangers enfournent des montagnes de pains, les bouchers découpent de larges entrecôtes, les charcutiers égorgent leurs pensionnaires pour en faire des pyramides de saucisses. "Sur les seules ressources en victuailles amassées aujourd'hui, le village tout entier aurait de quoi vivre pendant un mois" affirme-t-on.

Enfin le jour J, à 10 heures du matin, heure indiquée par l'ordre militaire, tout le monde est à son poste : cuisiniers supplémentaires à leurs fourneaux, garçons servants à leurs tables rangées en longues files, demoiselles sous leurs beaux atours, esquissant dans la glace le plus gracieux de leurs sourires pour conquérir le cœur de quelque pimpant officier.Cependant 10 heures sonnent, puis 11, puis midi... Quelques Croissillons, improvisés en sentinelles, se postent à toutes les entrées du bourg et interrogent tous les points de l'horizon. A un moment, un lourd tombereau qui revient à vide par la rue des ponts, fait croire aux habitants impatients que le tambour approche, suivi d'une troupe nombreuse. Ce n'est hélas qu'une illusion et le soir venu, tout le monde doit se résigner en s'avouant que cette prétendue arrivée de soldats n'était qu'une sinistre mystification. On rentre alors les victuailles et les gracieux sourires dépensés en pure perte.

Finalement, renseignement pris, tout s'expliqua tant bien que mal. Le maire, qui reçut nombre de protestations, n'était aucunement responsable de cette déconvenue, il n'avait fait qu'exécuter les ordres reçus qu'il ne devait pas discuter. Mais l'administration militaire, "qui n'a pas mis ses bésicles", avait confondu Croissy-sur-Seine et Croissy-sur-Celle, petite commune de l'Oise !
Laissons le mot de la fin au Journal de Saint-Germain qui, évoquant l'affaire, conclut en plaisantant : "à la différence des carabiniers d'Offenbach qui arrivent toujours trop tard, les troupes de la République, par la faute de leur administration, n'arrivent jamais !"

Article paru dans "Côté Croissy" n°3 - juillet 2003.


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