Monna Delza (1882-1921) : actrice et icône

Un destin étonnant que celui de cette comédienne croissillonne qui fut, entre 1910 et sa mort tragique en 1921, une des jeunes premières les plus populaires.

Marguerite Delesalle voit le jour en 1882 dans un étroit et sombre logement parisien. Une enfance très modeste, misérable même : son père travaille durement comme ajusteur-fraiseur dans une usine de banlieue tandis que sa mère, couturière à domicile, peine à joindre les deux bouts pour élever ses quatre enfants. Paul, l'aîné, deviendra plus tard un syndicaliste célèbre et l'un des fondateurs de la CGT. Marguerite, quant à elle, est placée en apprentissage chez une modiste dès son adolescence. Mais elle rêve de fuir sa condition et ne pense qu'à la comédie... Avec ses modestes économies, elle prend le soir des leçons de théâtre. Pendant plusieurs années, elle lutte et multiplie les auditions. En vain.


Mais le rêve devient enfin réalité en 1907. Elle a 25 ans mais en déclare six de moins quand elle débute sur les planches du Théâtre du Vaudeville dans "Patachon". Un petit rôle mais on remarque "sa petite tête futée et volontaire". Critiques et auteurs s'accordent pour trouver dans cette toute nouvelle comédienne qui n'a pas fréquenté le Conservatoire quelque chose de résolument neuf et naturel. Le succès ne tarde guère et l'année suivante, elle passe déjà en tête d'affiche au Théâtre du Gymnase. Maintenant, tout s'enchaîne, et l'ancienne petite modiste prend sa revanche.

Soutenue et aidée par ses admirateurs, Marguerite (devenue Monna Delza, contraction de son nom de famille) ne tarde pas à s'acheter une grande villa sur les bords de Seine à Croissy (26 quai de l'écluse). Une maison de style mauresque édifiée quarante ans plus tôt par le célèbre architecte Joseph-Louis Duc. Le Figaro écrit : "A Croissy, où elle est propriétaire d'un délicieux cottage, elle se livre aux émotions du canotage automobile et à la conduite de sa voiture de quarante chevaux. Sa villa est remplie d'objets et d’œuvres d'art du meilleur goût".
Amatrice et collectionneuse d'art, Monna multiplie les aventures galantes et certains dilapident leur fortune pour elle. Promue ambassadrice des grands couturiers (Béchoff-David, Poiret) sur la scène et dans les grandes revues illustrées, Monna popularise une silhouette nouvelle, longiligne, débarrassée des corsets et des jupons froufroutants, les cheveux courts, les turbans et surtout les interminables colliers de perles. On retrouve aussi l'actrice dans les campagnes de publicité des grands produits de beauté, notamment les savons Cadum.

Son plus grand succès, "La Vierge Folle", en 1910, est un véritable triomphe. Un article du New York Times qui lui est consacré indique que 40 000 dollars par an suffisent à peine à couvrir ses dépenses pour ses seules robes ! Admirateurs, voitures, bijoux, fourrures, grands succès sur les planches, cinéma muet, rien ne semble s'arrêter.

A partir de 1914, la guerre restreint la vie théâtrale de la capitale. Monna, assagie, épouse un jeune héritier, le comte Patrimonio. Mais le conte de fée ne va pas durer...

Son époux meurt au front et des dettes commencent à s'accumuler. Monna remonte sur scène en 1918. Le succès est toujours là quand soudain, c'est la chute imprévue. En quelques jours seulement, la jeune actrice meurt d'un grippe infectieuse. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse à Paris.
La nouvelle de sa disparition brutale surprend tout le monde. Durant une semaine, la presse multiplie les hommages : "Monna incarne à jamais le charme parisien de l'avant-guerre. En 1912, tous les collégiens de France avaient sa photographie dans leur pupitre...", "son nom restera à jamais le symbole de l'élégance parisienne". Mais les mémoires sont courtes... Qui aujourd'hui se souvient aujourd'hui de Monna Delza ? Ses biens sont mis en vente après sa mort. Les bijoux, vendus chez Drouot, rapporteront près de 761 000 francs. Sa villa du quai de l'écluse a disparu dans les années 1960.


Article paru dans "Côté Croissy" n°39 - juillet 2009.   


      

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