Michel et Marie d’Ansse : serviteurs de la reine Anne d'Autriche

Apothicaire et femme de chambre de la Reine, ces deux personnages dévoués à leur maîtresse ont marqué l’histoire de Croissy.

 Don Miguel de Anssio naît en 1588 dans la petite ville de Tudela dans le Pays basque espagnol.
Jeune apothicaire à la Cour d’Espagne, il arrive à Paris en 1615 dans la suite de l’infante Anne d’Autriche qui épouse alors le jeune roi Louis XIII. C’est dans ses bagages que Don Miguel amène une bouillie brune alors inconnue en France et réputée pour ses vertus curatives… le chocolat. 


A la fois apothicaire personnel et homme de confiance de la Reine à laquelle il rend de nombreux services, il exerce aussi par ses fonctions et ses origines communes une grande influence sur elle.
Naturalisé français, il prend le nom de Michel d’Ansse, échappant aux mesures d’expulsion prises par Louis XIII contre ses compatriotes.


En 1619, il épouse Marie Lambert, la fille d’un riche marchand apothicaire parisien. Grâce à lui, sa jeune épouse est nommée femme de chambre de la Reine, fonction qu’elle conservera jusqu’à la mort de sa maîtresse dont elle sera aussi la confidente et l’amie dévouée. Mise à l’écart par le cardinal de Richelieu et dédaignée par le roi son époux, Anne d’Autriche vit au milieu d’un cercle fermé dans lequel Michel d’Ansse se distingue par son art de l’intrigue. Il est impliqué dans plusieurs complots visant à renverser le cardinal de Richelieu. Ardent et zélé partisan de la Reine, il finit par tomber en disgrâce à la fin des années 1630, et ce malgré l’intervention en sa faveur de l’ambassadeur d’Espagne.


En avril 1640, les époux d’Ansse achètent pour 1.880 livres une propriété à Croissy, un petit village qui jouit de la proximité de Paris et du château de Saint-Germain-en-Laye où réside régulièrement la famille royale. 

C’est une petite ferme où l’élégance et le confort manquent. De grands aménagements y sont donc réalisés les années suivantes : construction de nouveaux bâtiments, aménagement d’un vaste parc et d’un jardin en terrasse descendant vers la Seine. Cette propriété occupe l’emplacement de l’actuelle Maison Joséphine.

Après la mort de Richelieu et de Louis XIII en 1643, la reine Anne d’Autriche devient régente. Les époux d’Ansse se voient généreusement récompensés pour leur fidélité dans les années difficiles. La faveur dont jouit Madame d’Ansse auprès de sa maîtresse devient si grande qu’elle porte ombrage au cardinal Mazarin qui ne l’apprécie guère. Gratifiée par Anne d’Autriche d’une dot de 75.000 livres, leur fille Louise-Angélique épouse en 1643 l’écuyer principal de la Reine, le chevalier François de Patrocles.
Les époux d’Ansse réussissent à intriguer auprès de leur maîtresse pour que la seigneurie de Croissy passe aux mains de leur gendre. Et c’est chose faite l’année suivante… 

Le petit village de Croissy est donc devenu un lieu de villégiature pour les proches de la Reine puisqu’y demeurent son apothicaire, ses deux femmes de chambre, son principal écuyer, mais aussi son confesseur et son garde du corps ! 

Michel s’éteint en 1649 au Palais-Royal. Un exceptionnel parcours d’intégration pour ce gentilhomme espagnol. 


Sa veuve se retire alors à l’intérieur de l’enclos de l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris (entre le Louvre et les Tuileries). C’est là qu’elle rencontre en 1655 Nicolas Charpy de Sainte-Croix, un aventurier faussement dévot qui profite de son hospitalité puis de celle de son gendre, dont il va courtiser l’épouse… L’affaire fit en son temps le tour de Paris et aurait inspiré Tallemant des Réaux puis Molière pour servir de trame à son Tartuffe.


Les dernières années de Madame d’Ansse s’écoulent dans les pratiques de la piété, partagées entre son logis parisien et sa résidence de campagne de Croissy. Un passage privé lui assure l’accès, à toute heure, à la petite chapelle personnelle qu’elle a faite construire à gauche du chœur de l’église. 


Dalle de Madame d'Ansse. Elle a été déplacée au XVIIIe siècle dans la chapelle du nouvel hôpital des Quinze-Vingts rue de Charenton.

C’est à Croissy qu’elle s’éteint le 19 janvier 1680 à l’âge de 79 ans. Elle est inhumée dans l’église du village, un édifice qu’elle avait sauvé de la ruine avec son gendre, le seigneur Patrocles. 
Une grande dalle de cuivre rappelant son souvenir est visible également dans la chapelle de l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris.


Article paru dans "Côté Croissy" n° 40 - septembre 2009.


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