Max Factor : d’Hollywood à... Croissy

21 rue des moulins. Cette ancienne usine a connu son heure de gloire dans les années 1930 quand on y fabriquait, pour le marché français, les célèbres produits de beauté américains.

Il était une fois… The Oriental Carpet Manufacturers, une compagnie anglaise spécialisée dans la fabrication et la commercialisation des tapis d’Orient qui possède, dans les années 1920, des succursales un peu partout dans le monde entier. 

En 1928, elle décide d’installer dans notre ville son atelier français : un bâtiment en briques formé de trois halls contigus dominés par une haute cheminée est construit en bordure de la rue des moulins.
Importés de Smyrne (Turquie), les tapis y sont battus, lavés, repassés puis brossés sous le contrôle d’un spécialiste smyrniote. Mais après quelques années d’activité, The Oriental Carpet Manufacturers quitte Croissy et loue alors la petite usine à une société américaine de cosmétiques : Max Factor.


"Vous voulez devenir une star ? Allez chez Max Factor !" déclare une publicité de l’époque.
"Oscarisé" en 1929 pour son maquillage, sacré maquilleur officiel des vedettes de cinéma d’outre-Atlantique, l’américain Max Factor règne alors sur la toute nouvelle et fructueuse industrie des cosmétiques rendue florissante grâce aux superproductions hollywoodiennes. Les femmes veulent les joues creuses de Marlène Dietrich, les yeux de biche de Bette Davis, les lèvres brillantes de Mae West… Un rêve d’autant plus accessible que les produits se démocratisent : eye-liner, rouge à lèvre en bâton, gloss, recourbe-cils et faux cils, mascara, crayon à sourcil, Pan Cake (ancêtre du fond de teint), les produits Max Factor connaissent immédiatement un large succès, pour leur prestige mais aussi leur aspect très pratique (produits en tubes).


Après avoir ouvert son premier salon de beauté à Los Angeles en 1935, il décide en 1937 de conquérir le marché français. Le premier salon Max Factor cosmétiques Hollywood & France ouvre ses portes rue Royale à Paris en même temps que l’usine de Croissy où l’on fabrique et conditionne les produits destinés exclusivement au marché français.
Mais avec l’arrivée des troupes allemandes en juin 1940, cette propriété étrangère, considérée comme "bien ennemi", est occupée par les unités qui cantonnent à Croissy puis laissée à l’abandon.


L'usine dans les années 1930.
Dès lors, le bâtiment industriel va intéresser la firme franco-italienne Ollivier & Amici (spécialistes des produits en conserves) qui cherche un lieu pour établir une fabrique de bouillons concentrés et solidifiés en cubes - les bouillons Biovir - destinés aux soldats allemands. Ollivier & Amici démarche auprès de la Kommandantur et obtient rapidement l’autorisation d’exploiter. L’usine ouvre ses au printemps 1942 pour les fermer deux ans plus tard, en 1944...

Après-guerre, c’est la société industrielle de chimie et de biologie (SICEB) qui exploite les lieux et s’y livre à la préparation d’engrais agricoles et à la fabrication de farines animales destinées à l’alimentation du bétail (déjà....). Le tout réalisé avec des détritus organiques provenant des abattoirs. De lourdes et pestilentielles fumées se répandent sur le quartier motivant des plaintes nombreuses et réitérées. La SICEB se voit contrainte d’arrêter ses fabrications.


C’est une câblerie, la compagnie générale des plastiques (CGP), qui lui succède en 1955. L’usine abrite alors des ateliers où fils et câbles électriques sont revêtus de matière plastique. Câbles de précision, d’instrumentation et de mesure y sont conçus et commercialisés dans le domaine militaire, de l’aéronautique, de l’aérospatiale, électronique, etc. La CGP y cesse ses activités en 1997.
L’usine est aujourd’hui le seul et dernier vestige du passé industriel de notre ville.


Rénovés et divisés, les locaux abritent depuis 2005 une zone artisanale regroupant une vingtaine de petites entreprises. Une nouvelle vie a recommencé pour l’ancienne usine Max Factor


Article paru dans "Côté Croissy" n°15 - juillet 2005.



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