Le boulevard Hostachy

L’ancienne route de la patte d’oie est depuis 150 ans la principale artère commerçante et le cœur animé de Croissy.

Le "boulevard" en 1781,
détail du plan-terrier.
Au début du XVIIe siècle, la partie centrale du territoire de Croissy est défrichée. Une large avenue se terminant par une étoile est tracée pour permettre l’accès aux terrains nouvellement mis en culture : les Bonnes Layes (nom déformé plus tard en Bonnelettes). La voie est baptisée "route de la patte d’oie". Le parc du château s’étend alors jusque-là : une tourelle s’élève à l’angle des actuelles rue Péron et rue du saut-de-loup (du nom du fossé qui clôturait le domaine seigneurial).

La toute première habitation apparait au milieu du XVIIIe siècle. Elle existe toujours. Aux n°1 et 3, à l’angle de la rue de Seine, la Ferme des Briçonnettes est bâtie par le financier Charles-Marin de la Haye-des-Fossés, gros propriétaire terrien à Croissy. Il s’agit-là du noyau initial à partir duquel le boulevard s’urbanisera au siècle suivant. Aujourd’hui dissimulée par des constructions plus récentes, cette ferme Louis XV a conservé sa toiture à la Mansart et certaines de ses lucarnes en œil-de-bœuf. Sous la Révolution, c’est là que vivait le curé Bénigne May quand il quitta l’habit religieux, s’improvisa cultivateur de tabac et… épousa sa bonne dont il reconnut les trois enfants !


Juste en face, au n°8, s’élève toujours, légèrement en retrait, l’élégante maison édifiée dans les dernières années du XVIIIe siècle pour le maire Sylvain Thomas. Le compositeur anglais Frederick Delius y vécut dans les années 1890. A côté, au n°10, la cour et le bâtiment arrière abritaient sous Napoléon Ier un séchoir et une fabrique de tabac.


Dans la première moitié du XIXe siècle, la route de la patte d’oie devient le trait d’union entre le vieux Croissy et le hameau maraîcher des Gabillons. La voie s’urbanise rapidement et prend alors le nom de Faubourg de la Vierge à cause d’une statue de Sainte Marie placée dans une niche au niveau de la Ferme des Briçonnettes.


De huit maisons en 1781, on passe à vingt en 1820 puis à près de cinquante, quarante ans plus tard… En 1858, au moment de l’inauguration du pont de Bougival, le "Faubourg" a déjà pris l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. La plupart des immeubles, avec leurs commerces au rez-de-chaussée, datent en effet de cette époque.


Des entreprises s’y installent. C’est le cas de la Maison Rigault au n°24 (maison en briques) d’où partirent, à la fin du XIXe siècle, la plupart des grilles et ferronneries qui décorent les belles villas de Croissy. La signature de Rigault était une queue de cochon forgée au sommet des grilles. Plusieurs d’entre elles subsistent encore…


Au n°5, le libraire et éditeur parisien Paul Ledoux fait édifier sa villa en 1855. A l’instar des propriétés des bords de Seine, la villa Ledoux était entourée d’un grand parc à l’anglaise avec bassins, cascade et rocailles. La Mairie s’y installera en 1887 tandis que le parc sera transformé en jardin public (actuel Parc Leclerc). Cette même année, le "Faubourg de la Vierge" prend le nom de "boulevard de la Mairie". La Mairie du Parc Leclerc sera détruite en 1993.


Le boulevard en 1900.
Au tournant du XXe siècle, le boulevard, comme on l’appelle toujours aujourd’hui, est le centre animé de Croissy. Il compte de nombreux commerces, artisans, bars, restaurants, hôtels meublés et même trois salles de danse ! 
Un bureau de poste est construit en 1898 au n°5 ter. Avec sa frise de peintures polychromes représentant des timbres postaux, ce petit bâtiment a conservé son charme 1900. Il a été remplacé par la nouvelle poste inaugurée au n° 20 en 1970.

Enfin, en 1979, quelques jours après le décès de Fernand Hostachy, il est décidé de donner son nom au boulevard. Maire depuis 1956, Fernand Hostachy avait entamé son quatrième mandat !


Complètement réaménagé en 2004, le boulevard Hostachy a conservé son aspect convivial un peu provincial tant apprécié des Croissillons. 


Article paru dans "Côté Croissy" n°46 - septembre 2010.



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