La verrerie Parra-Mantois

L’objectif du photographe et du cinéaste, les jumelles de l’officier, la lunette de l’astronome, l’oculaire et le microscope du bactériologiste… pendant plus de 60 ans, les verres de ces instruments scientifiques ont été fabriqués à Croissy. 


C’est en 1863 qu’un premier établissement industriel voit le jour à l’extrémité nord du chemin de Ronde. La société Fabart & Cie y installe une manufacture de châles en cachemire indien. Une trentaine d'ouvrières y travaillent. Mais saccagée pendant l’occupation prussienne de 1870-1871, la petite usine reste inoccupée pendant une dizaine d’années.

En 1881, l’Amidonnerie Franco-Belge, une société bruxelloise, décide d’y aménager une fabrique d’amidon de riz, de maïs et de froment. L’usine, partiellement rebâtie, emploie dès lors près de 200 ouvrières qui s’affairent dans les différents ateliers : trempage et lavage du linge, étuves de macération, essorage, repassage et empesage, séchoirs. L’amidonnage, procédé consistant à imprégner le linge pour lui donner de la raideur, connaît alors son heure de gloire : les hommes portent col et plastron empesés, les dames jupons, dentelles et lingeries abondantes… 
Les années passent et en 1902, le verrier Numa Parra, à l’étroit dans sa verrerie du quartier Mouffetard à Paris, décide de transférer sa verrerie dans les spacieux bâtiments du chemin de Ronde. On y fabrique des verres spéciaux pour les instruments comportant une partie optique : appareils photographiques, caméras, jumelles, télémètres, microscopes, instruments de géodésie… autant d’instruments de précision qui ne supportent aucune malfaçon.
Les établissements Parra-Mantois sont alors considérés comme les meilleurs verriers scientifiques de France. Réputée pour ses verres d’une pureté exceptionnelle, la verrerie croissillonne travaille pour la Défense Nationale (lentilles pour les périscopes des sous-marins, radars, lunettes astronomiques…). 


Chaque jour, deux tonnes de verre en fusion sortent des neuf fours alignés dans l’immense hall des fusions de plus de cent mètres de long. Mais seulement 10 % de matière parvient au stade de la fabrication…
Durant la guerre de 1914-18, la verrerie doit assumer la lourde responsabilité de fournir aux armées françaises et alliées la presque totalité des verres qui leur sont nécessaires.
Sous l’Occupation, l’usine (devenue en 1924 filiale de Saint-Gobain) est investie par les allemands qui ne se font pas scrupule de recopier à leur aise les plans des installations. La verrerie est d’ailleurs durement touchée par le bombardement anglais du 3 mars 1942.
Après-guerre, on y utilise un procédé de fabrication unique : la fusion du verre dans des creusets en platine. Ce qui attire la convoitise des concurrents...
En février 1959, le vol de 130 kg de platine (pour une valeur de 120 millions de francs de l’époque) fit la une de journaux. L’affaire ne fut jamais résolue...


L'entrée de l'usine dans les années 1980.

En 1963, SOVCOR Electronique, une société spécialisée dans la miniaturisation, lui succède. On y fabrique des composants électroniques : condensateurs verre, bâtonnets, résistances, paillettes de verre pour tubes cathodiques… Ses principaux clients : Matra, IBM, Bull, Arianespace, Schlumberger… La renommée de SOVCOR est telle dans le milieu industriel que très vite l’entreprise est absorbée par des firmes américaines : Corning d’abord, puis Vishay. 


SOVCOR ferme ses portes au début des années 1990 et les bâtiments centenaires sont détruits en 1996.


Des 130 années d’activité industrielle sur ce site ne subsistaient, au bord du chemin de Ronde, qu’une friche et une façade à gauche du centre de recherches pharmaceutiques du Groupe Servier. Ce dernier réalise actuellement une extension de 18.000 m² de ses laboratoires à l’emplacement de l’ancienne verrerie. 


Article paru dans "Côté Croissy" n°16 - septembre 2005.



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