La rue Paul-Demange

La rue Paul-Demange vers 1900.
Porte d’entrée de la Ville, cet ancien "chemin vert" n’a été urbanisé qu’à partir du Second-Empire.

Longtemps, l’avenue des tilleuls fut la route naturelle reliant le vieux Croissy à Chatou. Mais au cours du XVIIIe siècle, les seigneurs de Croissy vont la réaménager et s’en réserver l’usage exclusif…

Dès lors, une nouvelle route est tracée en parallèle. Partant du carrefour avec l’avenue de Verdun, le chemin vert traverse vergers et potagers et se prolonge sur le territoire de Chatou.
Au XIXe siècle, c’est une route utilisée quotidiennement par les maraîchers qui transportent leurs récoltes aux Halles de Paris.

Tout va changer avec l’arrivée du train à Chatou et les premiers lotissements créés à Croissy sous le Second-Empire.

Le parc du château est loti aux deux-tiers en 1859. Le chemin vert est donc prolongé vers le sud, donnant naissance au tronçon situé entre l’avenue de Verdun et la rue Péron. Enfin, un autre lotissement permet en 1881, sa continuation entre les rues Péron et Maurice-Berteaux.
 

A la fin du XIXe siècle, la voie prend le nom de rue du chemin de fer. Un nom qu’elle conservera jusqu’en 1970. Cette année-là, le maire Fernand Hostachy décide de rendre hommage à son ami Paul Demange, dernier Préfet du département de Seine-et-Oise avant la création des Yvelines en 1968.

Aujourd’hui encore, la rue Paul-Demange est un véritable catalogue architectural de la villégiature bourgeoise de la seconde moitié du 19e siècle.

La toute première villa y est édifiée au n°4 en 1854. Faisant face à l’avenue du Colifichet, elle se distingue avec ses poivrières qui lui donnent un aspect de petit château de la Loire. Son parc sera loti au cours des années 1930 pour donner naissance aux pavillons qui se succèdent du n°6 au n°10 quater (et aussi aux n°26 à 54 rue du saut-de-loup).

En 1855, une "demi-mondaine" qui se faisait appeler comtesse de Cassino, fait édifier la villa du n°5. Ce sera plus tard, dans les années 1960 et 1970, le siège d’une caisse de retraite pour les artisans, la CIPASO.
La même année, un banquier anglais fait construire la villa du n°1. Rodolphe Berthon, opticien et astronome inventeur du Thomsoncolor (cinéma en couleur) y vécut dans les années 1930.
Enfin, au n°2, à l’angle de la rue de la procession, est bâti le "Castel Rivaz". Parmi ses occupants successifs, le docteur Jules Bengué, inventeur en 1895 du baume analgésique Ben-Gay qui fit sa fortune…

En 1876, l’architecte Louis Gilbert, auteur de nombreuses villas dans la région, construit sa maison au n°16. Elle appartint un temps au curé de Croissy, l’abbé Duroy de Bruignac, puis au maire André Meynot, directeur de l’agence de presse Havas dans les années 1920 et 1930.
Au n°11, l’actuelle villa principale de la maison de retraite "La Roseraie" a été édifiée en 1868 dans le style Louis XIII pour l’industriel Alfred Dormeuil. De l’autre côté de la rue Alfred-Dormeuil, faisant angle avec la rue Paul-Demange, la villa "Les Lilas", bâtie en 1879. Elle appartint longtemps au célèbre archéologue Jacques de Morgan. Il y conservait son immense collection provenant des fouilles effectuées principalement en Égypte et en Iran.

En face, au n°20, s’élève la maison du docteur Joly, médecin de Croissy dans la première moitié du XXe siècle. En été 1927, un certain docteur Destouches, qui venait tout juste de quitter la SDN à Genève et de faire enregistrer son tout nouveau diplôme de médecin, emménage à Croissy dans une location de la rue de l’île. Il remplace le docteur Joly pendant quelques semaines… Ce jeune médecin n’est autre que le futur écrivain Louis-Ferdinand Céline ! Il quittera Croissy peu après pour s’établir à Clichy.

Enfin, signalons l’élégante villa "Espalmador" bâtie en 1885 au n°19 pour un enfant du pays, Émilien Vaillant, qui avait fait fortune dans la blanchisserie et qui souhaitait le montrer… 


Article paru dans "Coté Croissy" n°48 - janvier 2011.



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