La rue des ponts


Cette avenue, communément appelée "rue", est depuis plus de 150 ans l’un des principaux axes routiers du sud de la boucle de la Seine.

Dans les années 1720, le seigneur de Croissy décide de mettre en culture la partie sud de son fief. Une avenue plantée d’arbres est tracée entre la patte d’oie et le vaste pré qui s’étend le long de la Seine : la nouvelle voie prend le nom de route à Landais, du nom du premier Croissillon qui y acquiert quelques parcelles. 

La rue des ponts au XVIIIe siècle (détail du plan-terrier).
Rapidement, de part et d’autre de la route, les terres nouvellement défrichées sont plantées de vignes. Ce sont des cépages teinturiers de raisins noirs appelés noirauts qui donnent leur nom au tout nouveau quartier. D’autres parcelles sont transformées en courtis (petits enclos potagers) et pour les desservir, le chemin des courtis est tracé (appelé aujourd’hui, à tort, rue des courlis).

Des noms qui reflètent bien les activités agricoles du lieu : traversant vignes et potagers, les abords de la route ne changent guère d’aspect jusqu’au milieu du XIXe siècle.

En 1858, c’est grâce aux relations du maire Louis Péron et à une grande souscription des habitants de la région qu’un pont à péage est construit dans le prolongement de la route. Plus exactement, deux ponts : l’un reliant Croissy à l’île et l’autre l’île à Bougival, voilà qui explique le pluriel du nom donné désormais à la voie : avenue des ponts Péron. Le nom du maire disparaitra rapidement car il forme un jeu de mots quelque peu inopportun pour un pont payant ("les ponts [nous] paierons"). Le péage sera supprimé en 1910.




Désormais, l’avenue va s’urbaniser progressivement et de façon très hétérogène. La première maison à voir le jour est située au n°62, puis des constructions "bourgeoises" au n°53 (l’éditeur Lemoine), n°58 (l’architecte Delarue), n°1 route du roi (l’actrice Antonine) alternent avec des habitations bien plus modestes d’exploitants agricoles (la petite fermette du n°2 en témoigne encore).

Parallèlement, de nouvelles activités industrielles se développent, notamment une importante entreprise de menuiserie, Rousseau & Fils, qui s’installe en 1865 au n°44. Pendant plus de 50 ans, c’est de là que partiront dans tout le pays de nombreuses constructions livrées en kit : hangars agricoles et industriels, pavillons, chalets, gymnases (c’est le cas de la salle paroissiale André Kuehn à Croissy). Une fabrique de produits chimiques lui succède jusqu’en 1939.

Dans les années 1860, une usine à gaz doit s’implanter aussi entre les n°55 et 61 mais le projet, combattu par les propriétaires des villas des berges, est abandonné. Au n°43, on transfère dans les années 1870 une pierre dressée, la Haute Pierre, qui s’élevait depuis des temps immémoriaux en bordure de l’actuelle rue de l’équerre. Ce vestige du Néolithique a malheureusement été détruit depuis... Une impasse à proximité en rappelle aujourd’hui le souvenir.

Dans les années 1930, les sociétés Bonin et Élimir exploitent des carrières de sable aux n°39 et 43. Elles sont comblées après la guerre. La Lyonnaise des Eaux installe par la suite au n°39 les puits de forage toujours en activité aujourd’hui et à la même époque, les Abattoirs de l’Ouest, grossistes de boucherie qui ravitaillent les collectivités, cantines et hôpitaux, s’installent dans la rue. D’abord dans l’ancienne villa Delarue au n°58 puis en face dans l’ancienne sablière du n°43.

Les années 1970 vont changer radicalement l’aspect de la rue. En 1968, un tout nouveau pont a remplacé l’ancien qui avait souffert en 1870 puis en 1940 ; la circulation automobile s’intensifie et la rue devient en quelques années un des axes routiers les plus fréquentés du sud de la boucle de la Seine. Une station service est d’ailleurs construite en 1969 au n°46.
Entre 1967 et 2004, une dizaine de grands immeubles voient le jour le long de la voie remplaçant souvent de modestes petits pavillons construits dans les années 1920.
Enfin, suite aux lotissements et à l’urbanisation de l’ancienne plaine agricole, l’entrée de la rue des ponts a été complètement réaménagée en 1988 : création du rond-point d’Altenglan et plantation du petit square du Souvenir Français


Article paru dans "Côté Croissy" n°43 - Mars 2010.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire