La rue de l'écluse

Frontière de 860 mètres de long entre Le Vésinet et Croissy, la rue de l'écluse sépare les deux territoires depuis le milieu du XVIIe siècle.

Au Moyen Âge, Croissy s'étendait à l'ouest pratiquement jusqu'à l'actuel pont du Pecq et au sud de l'actuelle route de Croissy au Vésinet.
Mais à partir de 1600, tous les terrains du sud de la boucle de la Seine sont convoités par le roi qui souhaite y étendre son territoire de chasse : le bois du Vésinet. En 1634, "sur ordre et pour les bons conseils du roy", le seigneur de Croissy est contraint de vendre à Louis XIII une énorme partie de son territoire : 60 %.
Rapidement, les anciennes terres croissillonnes sont plantées d'arbres et de grandes avenues y sont tracées.


Dès lors, lapins, lièvres, perdrix, faisans, cerfs et chevreuils se multiplient et ne manquent pas de venir s'alimenter directement dans les champs des cultivateurs.
Les Croissillons se plaignent au roi des "bestes fauves qui causent plus de mal que les gens de guerre : il en vient une grande quantité qui non seulement broutent tous les choux et les herbes des jardins, mais en mesme temps montent sur les arbres et dévorent les fruits et les feuilles", mais rien ne change...
Enfin, en 1645, le chevalier de Patrocles, nouveau seigneur de Croissy, fait creuser un long et profond fossé bordé d'une haie de pieux. Un petit chemin le longe : la rue de l'écluse est née.


Les travaux sont confiés à François Bellier, un entrepreneur de Saint-Germain-en-Laye, qui donne son nom à un terrain qui reçoit les déblais : la "coste à Bellier". Deux maisons sont construites le long du chemin : la garde plaine et la garde pré. Ces deux maisons accueillent des familles chargées d'entretenir le fossé et de prévenir l'intrusion des bêtes. C'est une certaine famille Gabillon qui s'installe dans la garde plaine (maison actuellement à l'angle sud de la rue de l'écluse et de la rue des... Gabillons). Désormais, les cultures sont protégées.

En 1723, le chemin est élargi, planté d'arbres et devient la route du domaine royal. Mais les problèmes avec les bêtes de la forêt du Vésinet ressurgissent à la fin du XVIIIe siècle. En 1784, les habitants de Croissy s'endettent pour faire construire un mur tout le long de la route. Le mur est percé de deux portes : l'une sur l'avenue de Saint-Germain, l'autre sur la berge. Mais ce beau mur ne va guère être profitable longtemps... Avec la Révolution, une partie des terres perdues en 1634 repasse dans le territoire de Croissy. Les habitants y ont droit de culture (défrichement et création du chemin de ronde). Ils ont aussi à présent le droit de chasser. Les méchantes bêtes disparaissent promptement ce qui rend le mur nouvellement construit inutile bien que non encore payé !

Il sera en grande partie démoli en 1839 pour servir à combler les trous dans les chemins de la voirie communale. Mais en 1859, avec la construction de l'Asile impérial pour convalescentes (actuel Hôpital du Vésinet), un nouveau mur de clôture est construit. Enfin, la création de la commune du Vésinet en 1875 fait de la route une ligne de démarcation longée par une infranchissable muraille.

Tout au long du XIXe siècle, il n'y a guère d'habitations aux abords de la route si ce n'est l'ancienne garde plaine et la petite ferme des n° 68 et 70. D'un côté le mur, de l'autre des champs...
La route du domaine devient la rue de l'écluse en 1840 avec la construction des écluses de Bougival. C'est dans les années 1920 et 1930 que des premiers pavillons voient le jour dans la partie est de la rue qui, à l'initiative de la section communiste de Croissy, est baptisée rue Paul Vaillant-Couturier en 1938. La rue de l'écluse retrouvera son nom pendant l'Occupation.

La rue de l'écluse en 1974.
Le boom immobilier des années 1975-1987 change radicalement l'aspect de la rue et du quartier. Les lotissements La Côte à Bélier, La Porte des Bois, puis le programme Green River de Kaufman & Broad ouvrent une série de voies nouvelles qui aboutissent directement dans la rue.
Enfin, le projet d'urbanisation du parc de l'Hôpital du Vésinet devrait à terme modifier tous ses abords et ouvrir la rue vers l'ouest. Un nouveau chapitre pour la rue de l'écluse ?  

Article paru dans "Côté Croissy" n°42 - janvier 2010.
 
 
  

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