La berge de la prairie : "la villégiature joyeuse de la Finance et du Spectacle"

A partir du Second-Empire, banquiers, industriels et artistes ont en effet investi ce pittoresque petit coin de campagne baigné par la Seine.

La berge de la prairie, années 1960.
L’ancienne berge nommée Mauport, sur laquelle les drakkars vikings débarquèrent un matin de mars 845 pour ravager la région, devint mille ans plus tard… un des lieux de villégiature préférés des grandes fortunes de la capitale ! 

En quelques années seulement, une floraison de villas y voit le jour :
Au n°2, à l’angle de l’avenue Augier, une grande et belle villa de style Louis XIII. Elle fut bâtie en 1869 pour l’industriel Ernest Gouin, fondateur de la société de construction des Batignolles, une grande entreprise spécialisée dans les ouvrages métalliques et ferroviaires. Son gendre, le poète Émile Guiard dit Dargill, y habite après lui. Plus près de nous, la villa a appartenu au musicien Jean-Michel Jarre et à l’actrice Charlotte Rampling. C’est dans un studio aménagé dans un coin de la propriété qu’est enregistré en 1978 l’album Équinoxe qui connut un immense succès. Le couple a habité Croissy pendant une vingtaine d’années. 


Un peu plus loin, la petite villa blanche du n°4 fut, autour de 1900, celle d’Armand Yvel, le chroniqueur financier vedette du Figaro.


Juste à côté, au n°6, la villa construite en 1863 pour le magistrat et romancier Campenon dit Paul Brill. Elle passe ensuite à Edmond Tarbé des Sablons, directeur du quotidien Le Gaulois (un des plus gros tirages de l’époque) et ami de Maupassant. Cette villa a été plus tard mise en location : s’agit-il de la "petite maison" des berges face à la Grenouillère que Maupassant occupa à Croissy en 1882 ? 


Au n°8 une villa fut édifiée en 1857 pour Julien Caboche-Demerville, auteur populaire de livres pour enfants. Elle passe ensuite au négociant Max Cornély puis à son gendre, un célèbre ingénieur électricien de la Belle Époque, Gaston Sciama. Cette villa a été rasée en 1967.
 

Le château Desmarest, vers 1900.
C’est un véritable petit château qui s’élève au n°10. Construit en 1857 pour Ernest Desmarest, avocat, maire du IXe arrondissement de Paris et "protecteur" d’artistes, son parc abritait une salle de spectacle bâtie pour ses amis et clients : Céleste Mogador, la cantatrice Pauline Viardot, les compositeurs Gounod, Bizet… La propriété appartient par la suite à Jules Goüin, régent de la Banque de France, puis aux grands industriels Fenwick (mécanique) et Hamot (textiles de luxe).

Juste à côté, au n°12, le chalet Riverside fut construit en 1858 pour un changeur de monnaie. Il a connu ses heures de gloire dans les années 1920-1930 quand son propriétaire, le Hongrois Arpad Plesch, richissime banquier, diplomate et grand collectionneur d’art, y organisait de splendides réceptions pour le gotha international... 


Sa voisine du n°14 fut édifiée en 1858 pour le banquier Aaron Victor Saint-Paul, trésorier du Consistoire Israélite de Paris et fondateur de nombreuses œuvres de bienfaisance. Elle passe ensuite à René Gravereaux, industriel dans la confection pour hommes.


De l’autre côté de l’avenue Joséphine, au n°16, une coquette villa rose ornée de lambrequins blancs. Construite en 1857 pour Clément Labélonye, pharmacien inventeur du sirop de digitale, et député de Seine-et-Oise, elle a été plus tard la propriété de François Repusseau, constructeur automobile et vainqueur du rallye Monte-Carlo en 1925.


Au n°18, une villa bâtie par et pour l’architecte Victor Poitrineau en 1863. Inventeur des maisons démontables, il est aussi l’architecte de la datcha de Tourgueniev à Bougival. C’est une véritable villa d’artiste : la pétulante comédienne Clara Tambour y vécut dans les années 1910-1920, puis, plus près de nous, l’acteur et chanteur Jean-Claude Pascal.


Enfin, nous arrivons au Parc des Berges. Il s’agit du parc d’une ancienne villa appelée "Le Val" construite en 1857 pour la famille d’imprimeurs parisiens Juteau. Elle appartient par la suite à l’académicien et ingénieur Maurice Leblanc, puis à la cantatrice Mathilde Saïmann, enfin, à la vedette du cinéma muet Claudia Victrix. Cette belle villa a disparu en 1981 lors de l’aménagement du parc par la Ville.


Article paru dans "Côté Croissy" n°45 - juillet 2010.



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