Guy de Maupassant (1850-1893) : canotier et Croissillon

On connaît l’écrivain mais on connaît moins le canotier. Et pourtant, "ma grande, ma seule, mon absorbante passion, ce fut la Seine", avouait-il. C’est ainsi que ses excursion fluviales le menèrent à Croissy, où il vécut quelques mois.

C’est vers 1873 que le jeune Maupassant commence sa vie de canotier sur la Seine. Il a alors 23 ans. Simple commis au Ministère de la Marine, il partage avec une bande d’amis cette même passion qui le distrait de sa morne vie d’employé de bureau. Grâce à Flaubert, son mentor, il intègre peu après le Ministère de l’Instruction Publique mais le quotidien n’y est guère plus avantageux : Maupassant s’ennuie dans son emploi. Malgré l’écriture d’articles et de feuilletons pour quelques journaux, ses semaines lui semblent bien longues. Aussi, à la belle saison, il consacre son temps libre à la Seine qu’il sillonne inlassablement avec ses camarades canotiers ou en galante compagnie… 

En 1880, après la publication et le succès de Boule de Suif, il décide de quitter le Ministère pour se vouer exclusivement à son métier d’écrivain. Il occupe alors une maison à Sartrouville, s’isolant ainsi d’une vie mondaine parisienne trop agitée. 


En 1882, il quitte Sartrouville "pour venir habiter Croissy afin de ne plus avoir à passer l'écluse de Port-Marly où, quand il y a trop à attendre, je dois prendre ma yole sur mon épaule et la porter de l'autre côté". Maupassant y loue "une petite maison", située sur la berge, face à la Grenouillère, le célèbre établissement de bains, de canotage et de bal installé sur l’île. Son valet, François Tassart, racontera plus tard dans ses Mémoires les pittoresques relations de Maupassant avec ses voisins croissillons.


Quand il ne rame pas sur le fleuve, Maupassant écrit. En quelques années seulement, il publie six romans et près de 300 nouvelles. Parmi elles, plusieurs consacrent de nombreuses pages sur l’atmosphère truculente de la Grenouillère qu’il fréquente assidûment. Sa fière moustache et ses biceps puissants font un malheur auprès des "grenouilles" qui viennent y barboter.
Le Tout-Paris des petites et grandes affaires s’y presse et s’y toise entre les cabines de bains ou sur le camembert, un petit îlot circulaire reliant la rive à la péniche abritant la salle de bal. Cette cohue rieuse et hurlante où "les hommes, gris, s'agitent en vociférant" et les filles "cherchent une proie pour le soir, se faisant payer à boire en attendant", le fascine et le dégoûte tout à la fois :
"On sent là toute l'écume du monde, toute la crapulerie distinguée, toute la moisissure de la société : mélange de calicots, de cabotins, d'infimes journalistes, de gentilshommes en curatelle, de boursicotiers véreux, de noceurs tarés, de vieux viveurs pourris. Cohue interlope de tous les êtres suspects, à moitié connus, à moitié perdus, à moitié salués, à moitié déshonorés, filous, fripons, procureurs de femmes. Ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar".
 


A la Grenouillère et sa faune, Maupassant va préférer progressivement le calme et la quiétude : "ce n’est plus tenable à cause du voisinage, il y a trop de demi-mondaines". Son aversion naturelle pour la société le porte vers la retraite. En 1889, après avoir séjourné plusieurs années à Chatou, il s’installe à Triel-sur-Seine.
Excès physiques et intellectuels, syphilis mal soignée, à partir de 1890, sa santé physique et mentale décline rapidement et il écrit de moins en moins.
En 1892, à la suite d’une tentative de suicide, il est interné dans une clinique parisienne. Frappé de paralysie générale et de démence, il s’y éteint à l’âge de 43 ans.

Article paru dans "Côté Croissy" n° 36 - janvier 2009.

1 commentaire:

  1. merci j'avais un petit exposé de 4eme a faire avec ma prof de français...

    RépondreSupprimer