Charles Guieysse (1868-1920) : un humaniste sous l’uniforme

Ce Croissillon, ami de Jean Jaurès et de Charles Péguy, fut un des esprits les plus brillants de la vie intellectuelle française du début du 20e siècle avant de tomber dans l’oubli. Il a été aussi maire de Croissy.

Fils d’un ingénieur hydrographe (qui sera plus tard député et ministre des Colonies), Charles naît à Paris en 1868. Après des études à l’école polytechnique, il décide de se consacrer à une carrière militaire : il est nommé lieutenant d’artillerie à 23 ans. 
Prenant très à cœur son métier d’officier, il s’attache notamment aux "fortes têtes", suivant sa théorie de fonder l’obéissance non sur l’autorité émanant du grade mais sur une confiance réciproque. Partisan d’une action morale des officiers sur leurs soldats, il est aussi l’auteur d’un ouvrage : "De la lutte contre l’alcoolisme dans l’armée et par l’armée".

Capitaine d’artillerie lorsqu’éclate, en 1898, l’affaire Dreyfus (dont il est un fervent partisan), il démissionne de l’armée l’année suivante pour reprendre, selon ses mots, "son entière liberté d’action".


Commence alors pour lui une riche période d’activités. Avec ses amis Maurice Kahn et Georges Moreau, il fonde en 1901 l’hebdomadaire politique Pages libres, une revue dont l’influence sera profonde sur la vie intellectuelle française de la Belle époque et à laquelle collaborent de nombreux auteurs. Secondant l’action de la confédération générale du travail (CGT), il est aussi en 1906, l’un des rédacteurs de la Charte d’Amiens, acte fondateur du syndicalisme français, formalisant l’indépendance des syndicats vis-à-vis des partis politiques.


Devenu conférencier à l’École des hautes études politiques, il se propose "d’arriver politiquement et socialement à la vérité et à la justice en se livrant à la critique et à l’interprétation des faits politiques et sociaux". C’est pourquoi, il réorganise et dirige à Paris les Universités Populaires, destinées à l’éducation des classes laborieuses pour "les apprendre à être aptes à concevoir et réaliser la liberté". Beau dessein humaniste mais la réalité va faire obstacle à sa réalisation… Épuisés par leurs journées de travail, les ouvriers ne viendront en fait jamais massivement aux cours et conférences et s’en détourneront même assez rapidement.


Il décide de renoncer à toute vie publique et rentre volontairement dans l’ombre. Il s’installe à Croissy dans le pavillon Henri IV, au 4 avenue des Tilleuls, la propriété familiale de son épouse.


La maison de Charles Guieysse, avenue des tilleuls.

Charles devient alors directeur d’une usine de colles et de gélatines à Rueil-Malmaison. En 1913, il fait un long voyage en Inde pour rechercher des matières premières. Il entre aussi au Conseil municipal de Croissy en 1908.
 

Quand éclate la Grande Guerre en 1914, il reprend sa place d’artilleur, réclamant une batterie puis un groupe de combat alors que son âge lui permet de rester à l’arrière. Promu lieutenant-colonel et décoré chevalier de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre, il regagne sa résidence croissillonne en février 1919. Il est élu maire de Croissy quelques mois plus tard.

Dès son élection, il met en place une caisse de secours de chômage pour lutter contre la précarité des nombreux Croissillons mobilisés de retour dans leurs foyers et se trouvant sans emploi. Il créé aussi un office communal de ravitaillement chargé de recevoir et répartir charbon et denrées alimentaires aux plus nécessiteux. Il prend même un arrêté fixant le prix du kilo de pain dans les boulangeries. Enfin, il met en place des cours d’éducation physique gratuits pour les enfants de 6 à 15 ans ainsi que le tout premier service de cantine scolaire. 


Mais son mandat sera de courte durée : il s’éteint à Croissy le 16 décembre 1920 des suites d’une urémie. Il repose à Paris au cimetière Montparnasse.


Article paru dans "Côté Croissy" n° 28 - septembre 2007.



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