1910 : Le pont de Croissy-Bougival enfin libre !

Croissy est en fête ce 16 mai 1910. Et pour cause : la traversée du pont, jusqu'alors soumise au paiement d'un droit de passage, est à présent libre et gratuite.
La fin de cette servitude ne manque pas d'attirer l'attention de la presse nationale.
"Comment admettre dans une région si proche de Paris qu'il y eût encore ce vestige presque féodal, digne tout au plus d'une commune rurale de quelque pauvre département ?" s'étonnait un journaliste parisien en ce début d'année 1910. Petit retour en arrière...

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, Croissy a souffert de son isolement géographique, à l'écart des grandes voies de communication qui traversaient la boucle de la Seine. Le pont de Bougival, construit en 1858, permit le désenclavement et l'ouverture de Croissy vers l'extérieur. Grâce à lui, la commune s'étendit et s'urbanisa autour de l'axe rue des ponts / boulevard.
Mais Napoléon III, par décret impérial, a concédé au constructeur de l'ouvrage, la perception d'un droit de péage pour une durée de 75 ans, perception qui ne devait donc s'achever qu'en 1933 !


La berge de la prairie et le pont au début du XXe siècle. Cachée derrière un arbre : la loge du receveur.
Longtemps, les Croissillons comme les habitants des communes voisines s'indignèrent et manifestèrent leur volonté de se voir affranchis de cette pesante contrainte. La petite loge, tant détestée, continuait à abriter le receveur, sa barrière et sa caisse.
Il faut dire que les tarifs étaient pour le moins contraignants. Ils s'appliquaient à toutes sortes d'usagers et de véhicules : que l'on soit seul, à pied ou à cheval, en charrette, en automobile, à vélocipède ou en omnibus, il fallait débourser sans faute. Et les animaux aussi, comme en témoigne un article du règlement : "chaque paire d'oies et de dindons, chaque cochon et chaque bouc, seront soumis à une taxe, non compris le conducteur".


On comprend alors les efforts tentés, les énergies déployées en ce début de siècle pour abréger ce péage anachronique qui n'avait que trop longtemps duré. En 1910, l'État, le conseil général, quatorze communes et des centaines de souscriptions de particuliers s'élevant à un montant de 220 000 francs permirent enfin son rachat et l'abolition de cette servitude.

Pour célébrer cette "libération", une grande fête est organisée sur le pont le 16 mai 1910, évènement qui réunit une foule de plusieurs centaines de personnes venant de toutes les localités environnantes. Les discours s'enchaînent et les journalistes, venus nombreux, ne manquent pas de relever le mémorable "les populations des deux rives se connaîtront mieux encore et s'aimeront davantage" déclaré, très sérieusement, par le député-maire de Chatou, Maurice Berteaux. Enfin, de même qu'on avait autrefois démoli la Bastille, on procède à la destruction symbolique d'un monument modeste mais désormais inutile : la loge du receveur du pont. Sous les applaudissements de la foule.
Un journaliste, commentant les faits, présageait : "La circulation pourra désormais s'amplifier sur ce pont qui sera bientôt un incontournable lieu de passage de la région". Notre pont actuel, reconstruit en 1968, ne dirait pas le contraire...

Article paru dans "Coté Croissy" n°4 - septembre 2003. 



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