Le premier objet volant électrique des frères Tissandier

À la fin du XIXe siècle, les frères Gaston et Albert Tissandier, deux célèbres savants experts en aéronautique, effectuent de nombreuses ascensions en ballon à des fins scientifiques. 
Mais qui aurait pu imaginer que leur plus mémorable et plus retentissante expérimentation s’achèverait un jour… à Croissy ? 

En 1881, Gaston présente à l'Exposition Internationale d'Électricité un dirigeable miniature muni d’une hélice entraînée par un moteur électrique puisant son énergie dans une pile.
Les essais très encourageants de cette expérience le conduisent à matérialiser "grandeur nature" son projet. Pendant deux ans, il se consacre au moteur et à sa batterie tandis que son frère élabore l'aérostat et sa nacelle en bambous.
Enfin, le 8 octobre 1883, la récompense de ce long travail se concrétise par leur envol à bord de l’insolite ballon de près de 30 mètres de long. 


A 15h20, après sept heures de gonflage, l’aéronef s’élève à plus de 400 mètres d’altitude au-dessus de leur atelier d’Auteuil. Le moteur est alors mis en route, les hélices s’activent et, malgré un vent défavorable, le dirigeable se dirige vers l’ouest, survolant successivement le Bois de Boulogne, le Mont Valérien puis Rueil.


Une heure un quart après leur envol, les deux frères atteignent Croissy et décident d’atterrir en bordure de Seine près du pont de Bougival. La déperdition de gaz du ballon ne leur permet cependant pas de continuer l’expérience et de revenir à Paris. Après avoir péniblement parcouru quelques dizaines de mètres, l’aérostat doit regagner le lieu d’atterrissage. Il y demeure la nuit et n’est dégonflé que le lendemain.


Une foule nombreuse de curieux est venue, attirée par "ce poisson volant gigantesque". Mais si l’on en croit les journalistes présents sur les lieux, la réaction des autochtones semble avoir été plutôt négative : "les visiteurs sont repartis de Croissy peu satisfaits des procédés avec lesquels ils ont été accueillis". On dénonça en effet les "propos grossiers et obscènes" hurlés par les hommes et les femmes du village. Pourquoi ? Les nombreux badauds ont piétiné les plantations maraîchères, n’occasionnant pourtant que de menus dégâts. Les frères Tissandier se voient donc contraints d’expertiser les dommages afin de fixer à un chiffre raisonnable les indemnités exorbitantes que leur réclament quelques cultivateurs chicaneurs. 


Relatant les faits, le journal L’Avenir conclut sévèrement : "On nous avait vanté ce pays de Croissy. On ne nous avait pas prévenus qu’il existait à trois lieues de Paris une population capable de manquer de respect aux bienfaiteurs de l’humanité...


Mais la ville a su depuis se faire pardonner... une place des Frères Tissandier honore et perpétue aujourd’hui cette grande première scientifique, déterminante pour l’évolution de la navigation aérienne. 


Article paru dans "Côté Croissy" n°1 - mars 2003.



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