Paul Déroulède (1846-1914) : un Croissillon controversé

Auteur d’un coup d’État raté en 1899, grand tribun et agitateur de foules, ce Croissillon fut une des grandes figures politiques de la Troisième République. 

Né à Paris le 2 septembre 1846, Paul passe son adolescence à Croissy où son père, Joseph, avoué à la cour d’appel de Paris, a fait construire en 1859 une villa au 30 quai de l’écluse. 
Sa mère est la sœur du dramaturge Émile Augier qui a fait bâtir lui aussi une villa juste à côté. Paul suit des études de droit, comme son père, mais la carrière de son oncle le tente bien plus… 

Survient la guerre de 1870. Paul s’engage volontaire chez les Zouaves. Fait prisonnier par les Prussiens, il parvient à s’évader, déguisé en paysan. De retour à Paris pendant la Commune en 1871, il s’engage dans l’armée versaillaise pour combattre les insurgés parisiens. Il est d’ailleurs blessé au bras en conduisant l’assaut d’une barricade.
Parallèlement à sa vie de garnison, Paul publie un recueil de poésies patriotiques : Les Chants du Soldat. C'est un immense succès. Il décide alors de vivre de sa plume. Hanté par la défaite de 1870, et afin d’entretenir dans l’esprit de ses compatriotes l’idée de la revanche contre l’Allemagne (reconquête de l’Alsace et de la Lorraine), il se lance dans l’action politique. En 1882, il fonde le mouvement nationaliste La Ligue des Patriotes


Depuis la mort de son père en 1872, Paul habite Croissy. On le voit participer à la souscription pour la création du bureau de poste, l’édification de la nouvelle église et même participer aux élections municipales de mai 1884. Il est élu conseiller municipal mais démissionne presque aussitôt n’ayant que peu de temps à consacrer à la politique locale.
Dans les années qui suivent, il rompt avec le milieu parlementaire dont il dénonce la corruption. Le projet de régime autoritaire proposé par le général Boulanger emporte son adhésion. Manifestations, meetings, propagande, la Ligue des Patriotes, forte de 182.000 adhérents, est devenue un puissant instrument d’agitation dont la turbulence inquiète grandement le Gouvernement qui finit par l’interdire. 


Le 23 février 1899, pendant les obsèques du Président de la République Félix Faure, il tente de marcher sur l’Élysée à la tête des les troupes militaires qui viennent de défiler. Leur chef, le général Roget, refuse. La tentative de coup d’État a échoué. Paul est arrêté sur l’heure mais la Cour d’Assises l’acquitte.
Malgré tout, il poursuit ses turbulentes activités en annonçant un prochain coup de force. Dans ce climat politique houleux (on est en pleine affaire Dreyfus), le Gouvernement prend des mesures. Le 12 août 1899 au petit matin, une vingtaine de gendarmes viennent l’arrêter dans sa villa du quai de l’écluse où il vit avec sa sœur. La Haute-Cour le condamne à dix ans de bannissement pour "complot contre la sûreté de l’État".


Aussitôt, Croissy devient le lieu de pèlerinage de ses très nombreux partisans. A chaque date anniversaire de son arrestation, une importante foule de Ligueurs se réunit devant la propriété du 30 quai de l'écluse.



Rassemblement de la Ligue devant la propriété Déroulède à Croissy.

Paul bénéficie d'une amnistie après cinq ans d’exil passés en Espagne. A son retour, l’ancien leader nationaliste renonce à sa carrière politique pour se consacrer uniquement à la propagande patriotique.


Il s’éteint le 30 janvier 1914, quelques mois avant le déclenchement d’une guerre qu'il appelait de ses vœux depuis plus de 40 ans… 


Dans les années 1920, la municipalité de Croissy décide de donner son nom à la partie ouest de l’avenue Émile Augier, rappelant ainsi le lien de parenté qui unissait les deux Croissillons. Quant à sa propriété du quai de l’écluse, elle a disparu dans les années 1970 pour céder la place à un lotissement. 


Article paru dans "Côté Croissy" n° 31 - mars 2008.



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