Louis Bergeron (1811-1890) : parcours d’un républicain

Journaliste satirique, auteur présumé d’un attentat raté contre le roi Louis-Philippe et expert en assurance vie… Portrait d’un Croissillon à la vie très mouvementée.

Né à Chauny dans l’Aisne en 1811, Louis montre très jeune une opinion républicaine très exaltée. A l’âge de 18 ans, il monte à Paris pour y suivre des études de droit qu’il finance en étant surveillant dans une petite pension.
Gagné aux idées de la Révolution de 1830 et hostile au régime qui lui a succédé, il intègre la Société des Droits de l’Homme pour y devenir, malgré son jeune âge, le chef d’une des sections les plus importantes de la capitale. Il participe à la tentative d’insurrection de juin 1832 et parvient à se dérober à l’œil vigilant de la police... 

Mais le 19 novembre suivant, un coup de pistolet est tiré sur le roi Louis-Philippe au moment où ce dernier passe en cortège sur le Pont Royal pour se rendre à la Chambre des Députés. Personne n'est touché mais, dans le désordre provoqué par l'émotion, on finit par arrêter Louis. Niant les faits, celui-ci va transformer son audience en tribune républicaine. Après un long procès qui fait couler beaucoup d’encre, il est finalement acquitté l’année suivante, faute de preuves… 


Louis profite de sa notoriété pour se consacrer au journalisme dans la presse d’opposition. Pour ne pas être inquiété, il signe ses articles sous le pseudonyme d’Émile Pagès. Il travaille pour Le Charivari, La Caricature, Le Pilori, Le Journal du Peuple et Le Siècle. Il publie aussi plusieurs livres, notamment Les Fables démocratiques (1839), un recueil humoristique inspiré de La Fontaine, ainsi que de nombreux vaudevilles.
En 1840, le journaliste Émile de Girardin lance contre lui une campagne d’accusations diffamantes dans son journal La Presse, révélant aux lecteurs qui se cache derrière la signature
Émile Pagès. Louis lui demande réparation par les armes. Girardin refuse, il ne veut pas faire cet honneur à un "régicide". Outragé, Louis vient le gifler publiquement dans sa loge à l’Opéra. L’affaire fait scandale et Louis est finalement condamné à trois ans de prison… 

Avec la chute de Louis-Philippe et la Révolution de février 1848, Louis se voit attribuer une pension exceptionnelle de 500 francs sur la liste des récompenses nationales. Il est nommé par le Gouvernement, commissaire extraordinaire pour les départements de la Somme et de l’Aisne, ce qui ne l’empêche pas, en tant que membre influent de la Commission instituée pour la défense des principes républicains, un club inspiré des Montagnards de 1793, d’attaquer violemment la partie modérée du Gouvernement provisoire. 


Mais après le coup d’état de Napoléon III en 1851, il décide prudemment de se retirer de la vie politique pour se consacrer exclusivement aux… assurances vie et au financement des retraites pour les ouvriers et les artistes, publiant sur ce sujet de nombreux ouvrages.


Il s’installe à Croissy qu’il a découvert grâce à son ami Victor Rousseaux, industriel parisien et ancien quarante-huitard comme lui, initiateur des premières caisses de retraite ouvrières. Rousseaux, qui y est conseiller municipal, y a aussi fondé L’Avenir, un journal qui commente dans un esprit polémiste les actualités de Saint-Germain-en-Laye et de la boucle de la Seine. En 1889, Rousseaux finira même par remporter les élections locales et être élu maire de Croissy. 


Louis occupe une petite maison au 18 Grande rue, une propriété qu’il loue à l’historien Charles Bémont. Il se repose d’un vie quelque peu agitée en goûtant la quiétude de la petite cité maraîchère.


La grande rue à l'époque de Louis Bergeron.

Il y décède le 1er août 1890 à l’âge de 79 ans. Il repose depuis dans le cimetière de la ville.


Article paru dans "Côté Croissy" n° 30 - janvier 2008.



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