L’âge d’or du papier peint à Croissy

Vénilia... cette célèbre marque de produits de décoration, une des plus connues aujourd’hui encore du grand public, reste gravée dans la mémoire industrielle de notre ville.

L'usine au milieu des années 1980.
Ancienne fabrique de motos, l’usine située en bordure du fleuve entre la Seine et le chemin de ronde devient en 1918 une manufacture de tissus caoutchoutés et de simili cuir. Commence alors une longue tradition d’activité d’enduction qui devait durer plus de 70 ans...

Successivement Compagnie Parisienne des tissus caoutchouc puis Société Zapon (du nom d’un procédé américain), l’usine est rachetée en 1932 par les Établissements Maréchal, spécialistes de la toile cirée. On y fabrique de la moleskine, des tissus enduits avec de la nitrocellulose et des tissus caoutchoutés pour des destinations très variées : nappes, vêtements (cirés), articles de maroquinerie (sacs de voyage), canots pneumatiques, bâches, toiles d’aéronefs et de tentes et même des masques à gaz. 


La manufacture emploie alors plusieurs centaines d’ouvriers, et bien sûr, les grands évènements du XXe siècle se sont répercutés sur la vie de l’usine : d’abord en 1936 la grande grève du personnel soutenue par la municipalité "Front populaire" de Croissy, puis la mobilisation et la guerre de 1939-1940 réduisant considérablement les effectifs et enfin les quatre années de l'Occupation pendant lesquelles les produits Maréchal ont intéressé de près les troupes allemandes. L’usine est d’ailleurs bombardée le 3 mars 1942 par un raid meurtrier des avions de la Royal Air Force anglaise : le bâtiment abritant la fabrication de tissus caoutchoutés est presque entièrement détruit. 


Les décennies d’après-guerre voient l’avènement de la société de consommation et l’arrivée massive des produits de décoration dans les foyers français. Exit la nitrocellulose : les techniques et les procédés d’enduction ont évolué et les
Établissements Griffine-Maréchal (employant plus de 300 personnes), consacrent désormais leur activité à la fabrication et commercialisation de matières constituées d’un support textile enduit d’une couche de PVC (chlorure de polyvinyle... pour les spécialistes). 
Ce sont toujours des produits destinés à différents marchés : décoration, évidemment, mais aussi vêtements, automobiles, maroquinerie... c’est l’âge d’or du vinyle et du "tout plastique".

Mais on y fabrique aussi - et surtout - les papiers peints muraux commercialisés sous les marques Vénilia (tissus vinyle adhésif) et Buflon (tissus enduit imitant des effets de verre ou de céramique), les produits phares de l’usine. 


L’adhésif décoratif Vénilia s’installe alors partout : murs, plafonds, boîtes, étagères et jusqu’au fond des tiroirs. C’est l’époque des incontournables gros motifs floraux ou géométriques, aujourd’hui très datés, mais qui ont fait le bonheur de la ménagère des années 1960 et 1970, ainsi que du célèbre papier peint en relief avec effet "mousse", le Scope, un autre produit exclusif de l’usine croissillonne.
 

Mais avec les années 1980, le site Griffine-Maréchal, bien qu’usine pilote, est devenu peu rationnel par sa vétusté et son exiguïté. Ses activités - classées insalubres - voisinent mal avec les installations de la Lyonnaise des Eaux. L’établissement bénéficie alors d’une exceptionnelle dérogation "de fait".
Dictée par des impératifs économiques, une restructuration entraîne en 1990 la fermeture du site de production et son transfert à Abbeville. Les bâtiments sont entièrement rasés l’année suivante et les terrains finissent par être intégrés par la Lyonnaise des Eaux


Bien difficile aujourd’hui pour le promeneur du chemin de halage de soupçonner un passé industriel de plus de 120 ans dans un endroit au charme si bucolique... 


Article paru dans "Côté Croissy" n°14 - mai 2005.



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