Joseph-Louis Duc (1802-1879) : un Prix de Rome à Croissy

L’architecte de la colonne de la place de la Bastille et du Palais de Justice de Paris était aussi Croissillon. Il construisit et habita, sur le quai de l’écluse, la propre villa.

Né en 1802, Joseph-Louis reçoit à 23 ans le Prix de Rome pour son projet d’Hôtel de Ville pour Paris. Cette bourse d’étude lui permet de séjourner quatre ans à la Villa Médicis où il rencontre et se lie d’amitié avec ses jeunes confrères Duban, Labrouste et Vaudoyer
A son retour à Paris, il est nommé architecte de la colonne commémorative de la Révolution de juillet 1830 érigée sur la place de la Bastille. Il conçoit une colonne creuse, haute de 47 mètres, surmontée d’un génie représentant "la Liberté qui s'envole en brisant ses fers et en semant la lumière". La colonne est achevée et inaugurée en 1840.

Cette même année, Joseph-Louis est nommé architecte du Palais de Justice sur l’île de la Cité. Il se trouve à la tête d’un chantier qu’il poursuivra jusqu’à sa mort. Il restaure d’abord la salle des Pas Perdus, la vieille tour de l’Horloge puis reconstruit les bâtiments médiévaux sur le quai.
Les travaux sont quasiment achevés lorsque éclate la Commune en 1871. Allumé en divers endroits du Palais de Justice par les insurgés, l’incendie réduit à néant plus d’un quart de siècle de travaux. Dès lors, tout est à recommencer… L'occasion pour Joseph-Louis de personnaliser encore plus nettement son ouvrage dans les parties à reconstruire, notamment le bâtiment de la Cour de Cassation et sa façade sur la place Dauphine et la célèbre galerie des bustes, qui est son œuvre majeure. Ses travaux lui valent d’être élu à l’Institut en 1866 et de recevoir en 1869 le grand prix d’architecture créé par Napoléon III et dont il devait être le premier et dernier titulaire ! 


Les deux principales résidences privées qu’il construit sont la villa Boulard, à Biarritz, et la villa de Croissy, sa résidence secondaire.
Édifiée en 1861 en bordure de la Seine, sur le quai de l’écluse, il s’agit là d’un véritable manifeste du pittoresque de villégiature en vogue à l’époque, avec ses bois exotiques et son décor orientaliste. Elle est en outre somptueusement décorée à l’intérieur par le peintre Alexandre Denuelle.
Joseph-Louis y demeure à la belle saison, passant l’hiver dans son appartement de la rue de Rivoli. Au cours des années 1860 et 1870, il figure d’ailleurs parmi les Croissillons les plus imposés de la commune, il est à ce titre invité de droit par le conseil municipal à donner son avis sur les grandes décisions prises par la municipalité.


La villa Duc, quai de l'écluse.
Il s’éteint en 1879 et repose au cimetière de Montmartre.
Sa villa de Croissy va connaître bien des déboires. Après avoir été habitée par l'architecte Édouard Loviot puis par la célèbre actrice Monna Delza dans les années 1910-1920, elle est occupée et pillée par les troupes allemandes en été 1940, puis réquisitionnée pour le Bauvorhaben Pilz de 1941 à 1944, enfin, elle est rendue inhabitable en août 1944 suite à l’explosion face à elle d’une péniche chargée de munitions.
La villa reste inoccupée pendant plus de 20 ans tandis que ses communs sont réquisitionnés par les pouvoirs publics pour héberger plusieurs familles touchées par la crise du logement qui frappe la région parisienne après-guerre.
Enfin, l’œuvre originale et oubliée de l’architecte est rasée en 1968 avant de céder la place à un lotissement d’une trentaine de pavillons résidentiels : le parc de l’écluse.


Triste destin pour cette villa qui aurait pourtant mérité, comme sa sœur de Biarritz, son inscription aux Monuments Historiques… 


Article paru dans "Côté Croissy" n° 26 - mai 2007.


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