Émile Augier (1820-1889) : académicien et auteur dramatique

Académicien, poète et auteur dramatique, qui se souvient aujourd’hui de ce Croissillon qui fut, avec Victor Hugo, le plus grand dramaturge de son époque ? 

Né à Valence en 1820, Émile fait ses études de droit à Paris puis débute comme clerc chez un avoué. Il se destine au barreau mais se passionne avant tout pour la littérature… Il n’a encore que 24 ans quand son drame La Ciguë connaît un énorme succès à l’Odéon. Ce début retentissant lance sa carrière dramatique qui est dès lors ponctuée de grands succès.
Menant contre le romantisme la campagne du bon sens, il entend présenter les évènements simples de la vie bourgeoise en les mêlant aux questions d’actualité : l’ascension des nouveaux riches, la vénalité de la presse, les querelles politiques entre conservateurs et progressistes, le culte de l’argent.
En 1862, Le fils de Giboyer, qui attaque le cléricalisme, est joué grâce à l'intervention personnelle de Napoléon III.
Il est élu à l’Académie Française en 1857 mais son œuvre, aujourd’hui délaissée, a subi l’épreuve du temps.


A Croissy, la maison qu’il fait bâtir en 1855 au 34 quai de l’écluse est la toute première villa édifiée sur les bords de la Seine. Ses deux sœurs, Mesdames Déroulède et Guiard, viennent y faire bâtir également leurs maisons juste à côté. Ces trois maisons ne resteront pas longtemps isolées : villégiature de la bourgeoisie parisienne oblige, une floraison de villas raffinées voit le jour en bordure du fleuve à partir de 1860. 


Émile Augier a conçu sa maison à peu près comme il construit ses pièces, acte par acte : "La salle à manger donnait sur une terrasse où nous dînions assez souvent les belles soirées d’été ; mais une fois, entre le rôti et le dessert, tomba tout à coup une pluie torrentielle. Cela me contraria et le lendemain on se mit à transformer cette terrasse en une véritable véranda avec balcon ; sur ce balcon, pensai-je, je fumerai ma pipe ; mais bientôt le soleil darda ses rayons sur ma tête, et un mois après, la véranda avait un étage de plus", confie-t-il.
Toutes ses œuvres - une trentaine de pièces - il les écrit à Croissy où il mène une existence simple, se promenant le jour et travaillant la nuit. Il y réside huit à neuf mois par an et reste en hiver à Paris dans son appartement de la place des Pyramides.


La villa d'Émile Augier en 1889.
A Croissy, il reçoit aussi ses amis : Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Mérimée, Sainte-Beuve… et profite du voisinage immédiat de ses neveux : le poète et homme politique Paul Déroulède (30 quai de l’écluse), le poète Émile Guiard (36 quai de l’écluse) ainsi que de Félix Duquesnel, propriétaire du théâtre de l'Odéon.
La municipalité de Croissy, flattée de compter sur son territoire un administré aussi illustre, décide de donner dès 1856 son nom à une nouvelle avenue située à proximité du pont de Bougival, alors en construction.
Il est élu conseiller municipal en août 1870. Malheureusement la guerre contre la Prusse éclate aussitôt. Il aide comme il peut les Croissillons frappés par le malheur pendant cette dramatique période où la ville, occupée par les troupes prussiennes, est vidée des deux tiers de sa population. Il est à nouveau élu en novembre 1873 et restera conseiller plusieurs années et même… membre honoraire de la compagnie des sapeurs pompiers ! En 1882, il est invité à présider le banquet d’inauguration de la nouvelle église paroissiale Saint-Léonard, buvant "à la santé des maraîchers".


Il s’éteint le 26 octobre 1889 dans sa villa de Croissy. Ses obsèques sont célébrées en grande pompe à Paris. 


Ravagée par l’explosion d’une péniche chargée de munitions lors des combats de la Libération en août 1944, la villa du 34 quai de l’écluse est partiellement démolie peu après. Seul le rez-de-chaussée a été conservé et réaménagé par une société niçoise d’exploitation nautique (ce qui explique la présence d’ancres de marine sur la clôture). Le parc a été loti dans les années 1970.
Aujourd’hui, une plaque rappelle encore aux passants le souvenir de l’ancien propriétaire des lieux.


Article paru dans "Côté Croissy" n° 24 - janvier 2007.


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