Pierre-Jean Mariette (1694-1774) et le Colifichet de Croissy

Un des plus grands historiens d’art et "la plus grosse collection du monde" de dessins, gravures et estampes de son temps, ce célèbre libraire éditeur parisien du siècle des Lumières a vécu pendant près de 25 ans à Croissy. 

Né à Paris en 1694 dans une vieille famille de libraires éditeurs et graveurs de grande renommée, Pierre, fils unique, est naturellement destiné à reprendre le commerce qu’exerce son père. Entouré dès son enfance de la riche collection rassemblée par sa famille et en contact quotidien avec les artistes et les amateurs les plus célèbres d’Europe, il apprend le dessin et la gravure aux Beaux-Arts tout en suivant aussi des études classiques chez les Jésuites avec… Voltaire comme camarade.
 

A l’âge de 23, il parcourt l’Europe à pied : les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche. A Vienne, le Prince Eugène, grand amateur de livres et d’estampes, lui confie le classement de sa riche collection. Puis il séjourne deux ans en Italie où il découvre le travail des plus grands collectionneurs italiens de son époque. 
De retour à Paris en 1720, il prend la succession de son père et devient rapidement l’incontournable spécialiste européen de l’histoire du dessin et de la gravure.
Il complète patiemment à son tour l’ensemble d'estampes, dessins, gravures et eaux fortes formé par ses aïeux. Mais Mariette n’est pas le collectionneur-type soucieux seulement d’amasser, il est un des premiers à se préoccuper des origines des œuvres, de leur date, de l’école à laquelle elles appartiennent, de leurs différents propriétaires. 


En 1750, il décide de se retirer du commerce et vend la vieille imprimerie et librairie familiale de la rue Saint-Jacques. Il a 56 ans et veut maintenant se consacrer exclusivement à ses recherches et à sa collection.
C’est à ce moment qu’il découvre Croissy, paisible village situé à quatre lieux de la fourmillante capitale. Il y achète pour 41.000 livres le château du Colifichet, une curieuse folie bâtie à la fin du siècle précédent, agrémentée d’un vaste parc surplombant la Seine.
Bassins, labyrinthe, portiques de verdure, rocailles, péristyles, statues, parterres et trompe l’œil ornent les jardins qui ont été savamment aménagés quelque cinquante ans plus tôt par le jardinier en chef du frère de Louis XIV…
Mariette y installe sa collection, préférant désormais vivre ici, retiré et au calme. Il fait même graver sur une grande plaque en marbre qu’il place à l’entrée du parc : "ce coin de terre me sourit par-dessus tout".

C’est d’ici qu’il entretient une correspondance régulière avec les historiens et collectionneurs de l’Europe entière. Il y demeure jusqu’à sa mort en 1774, à l’âge de 80 ans.
 

Le Colifichet et son parc,
détail du plan terrier, 1781.
L’année suivante, sa collection riche de près de 11.000 œuvres est dispersée en ventes publiques malgré sa volonté de la voir léguée au Cabinet du Roi et malgré les tentatives d'achat des émissaires royaux. A peine un millier d’œuvres est finalement acheté par le Roi pour entrer au Louvre. Sa veuve et ses enfants vendent également le Colifichet bien trop coûteux à entretenir.
 

Dès lors, la propriété va passer de main en main jusqu’au milieu du 19e siècle. Son dernier propriétaire, le marquis d’Aligre, meurt en 1847. Après lui, le Colifichet est acheté par un spéculateur parisien qui rase impitoyablement le château et morcelle son parc en 1855. La nouvelle avenue du Colifichet, tracée sur l’emplacement de la grande allée centrale du parc, divise la propriété en une vingtaine de lots. Il s’agit là du tout premier lotissement à Croissy. 

Que reste-t-il du Colichet aujourd’hui ? Pas grand-chose en fait. On peut toujours suivre sur quelques mètres le long de l’avenue des tilleuls une partie des fossés qui entouraient le parc. Le pavillon carré qui ponctuait l’extrémité de l’aile sud du château est toujours visible (3 avenue du Colifichet) ainsi que les communs où demeuraient les domestiques (4 grande rue).
Mais avec ses grands arbres et ses beaux jardins, l’avenue du Colifichet conserve toujours le charme qui caractérisait la propriété du grand collectionneur. 


Article paru dans "Côté Croissy" n°38 - mai 2009.



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