Louis Ganderax (1855-1940) : une plume au vitriol

Au début du 20e siècle, la Grande rue eut pour riverain celui qui fut un des grands critiques littéraires de la Belle Époque.

 "Un gaillard à la forte ossature, avec une épaisse barbe à reflets fauves, des cheveux drus taillés en brosse, un nez vigoureux et crochu, des yeux largement fendus qui regardent derrière un inamovible binocle, un type de pionnier de la pensée et de l’art". Ganderax est né à Paris le 25 février 1855. Sorti agrégé de Lettres de l’école normale supérieure, il renonce aussitôt au professorat pour se consacrer à sa seule véritable passion, la littérature. 

Il débute ainsi dans la Revue des Deux Mondes dont il devient, à 26 ans, le critique littéraire attitré. C’est ainsi qu’il achève de s’initier au secret de son art et offre en 1888 à la Comédie française une pièce de théâtre, Pépa, qui connut un large succès. Il collabore aussi régulièrement au Figaro et à d’autres grands quotidiens nationaux où ses critiques foudroyantes, véritables jugements définitifs sur les nouveautés littéraires, sont attendues impatiemment par les lecteurs et redoutées par les auteurs... Une position tyrannique dans la presse qui lui vaut beaucoup d’ennemis dans le milieu des lettres où l’on se plaît à stigmatiser sa rigidité de normalien, son côté "pion" : "Ganderax ? Un grammairien scrupuleux et implacable, redoutable pour ses collaborateurs. Un texte, fût-il d’Anatole France, n’échappe pas à ce terrible censeur...


Cet ami intime de Goncourt, de Maupassant et de Proust, relance en 1894 l’hebdomadaire La Revue de Paris, dont il demeurera le directeur jusqu’à la veille de la Grande Guerre. 


Désireux de fuir l’animation bruyante de la capitale, Ganderax acquiert en 1907, la vaste propriété du 3bis et 3ter de la Grande Rue, une immense villa qui appartenait précédemment à une célèbre cantatrice de l’Opéra.
Souhaitant étendre son jardin qui descend vers la Seine, il loue à la municipalité la propriété voisine, l’ancien presbytère, moyennant 740 francs annuels. Mais l’édifice communal, en ruine, lui vaudra bien des tracas. Plusieurs années durant, Ganderax ne cessera de se plaindre au maire de "l’état déplorable dans lequel se trouve cette construction, on ferait mieux de dire cette ruine dans laquelle on ne peut rien conserver tellement elle est humide". La municipalité refusant d’y effectuer des travaux, il ne souhaitera pas renouveler le bail, déclarant que les planchers menacent de s’effondrer...
"A Croissy, lorsqu’il n’écrit pas, Ganderax lit, se promène à travers les livres de sa bibliothèque si touffue. Le reste du temps, il y accueille le monde littéraire car sa conversation est fort goûtée" commente un journaliste local. En effet, le directeur de la Revue de Paris reçoit chez lui, très simplement, les grands noms contribuant à sa revue : Paul Bourget, Maurice Barrès, Pierre Loti.



La grande rue au début du XXe siècle..
Ganderax quitte Croissy au milieu des années 1920 pour Paris où il s’éteint en janvier 1940. Mais resté fidèle à notre petite ville qu’il aimait tant, il repose depuis, selon ses volontés, au cimetière de Croissy. Grâce à lui, les silhouettes des grands noms du monde des Lettres de la Belle Époque se sont profilées dans la Grande rue... 

Article paru dans "Côté Croissy" n° 9 - juillet 2004.


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