Maurice Leblanc (1857-1923) : un inventeur de génie

Ingénieur polytechnicien, ce Croissillon (qui n'a qu'une relation d'homonymie avec l'auteur de la série "Arsène Lupin »), fut un des scientifiques les plus innovateurs de son temps. 

Issu d’une famille modeste, Maurice naît à Paris en 1857. Il entre à l’école Polytechnique à l’âge de 19 ans avant d’intégrer à sa sortie, la compagnie des chemins de fer de l’Est où il dirige pendant 8 ans le service de la traction, étudiant le projet de locomotives à grande vitesse. Il travaille par la suite pour de nombreuses sociétés à l’étranger comme en France. 
En 1880, il expose dans la revue La lumière électrique la problématique de la transmission d'images à distance au moyen de l'électricité. On trouve dans cet article la description du principe de balayage de la totalité d'une image au moyen d'un rayon lumineux dévié par un miroir oscillant sur deux axes orthogonaux.
Avec prémonition, Leblanc, qui ne fait pas allusion au rayonnement cathodique, suggère l'utilisation des propriétés luminescentes de certaines substances pour visualiser le signal électrique au moment de la reproduction.
Il s’agit là d’une des étapes qui permettront aux chercheurs successifs de peaufiner l’élaboration de ce qui deviendra - un jour - la télévision...


Ses premiers travaux importants, publiés en 1891, concernent les moteurs d’induction qui viennent d’être inventés par son confrère américain Nikola Tesla. Ces études le conduisent à une brillante série d’inventions relatives aux courants alternatifs et aux surtensions dans les réseaux électriques.


Vers 1900, il commence à délaisser l’électricité pour s’occuper de nouveau de mécanique et de l’emploi de l’air comme agent frigorifique.
Ses recherches portèrent d’abord sur un frigorifère domestique destiné à refroidir et à sécher l’air des habitations. Il pensa qu’on rendrait les pays tropicaux plus habitables si l’on peut le réaliser cette machine, sans produits chimiques et sans pression, pour un usage domestique. Il est invité par l'entreprise américaine Westinghouse à élaborer une machine capable aussi de fournir de l’eau fraîche et de la glace aux basses températures.
Son invention est brevetée avec l’industriel et inventeur américain George Westinghouse. Cette machine ne tarde pas à être adoptée par la marine française et la marine russe pour le refroidissement des soutes à munitions des grands cuirassés et par la marine marchande pour le refroidissement des magasins à vivres et chambres froides des paquebots.


De nombreuses récompenses et distinctions viennent, à juste titre, sanctionner son travail : prix de l’Académie des sciences en 1899, grand prix à l’Exposition Universelle de 1900, prix de la société des ingénieurs civils en 1912. Il est élu président de la Société internationale des électriciens en 1904, élu membre du comité de la société française de physique en 1904, promu professeur d’électricité à l’école nationale des Mines, et, surtout, élu président de l’International Electrotechnical Commission (IEC), un organisme de normalisation traitant des domaines de l'électricité et de l'électronique de 1913 à 1919. Le seul Français à avoir occupé ce poste. Enfin, il est élu le premier d’une nouvelle division, celle des sciences appliquées à l’industrie, à l’Académie des Sciences en novembre 1918… 


Maurice découvre Croissy au tout début du 20e siècle. Charmé par sa quiétude et son esprit de villégiature, il loue "le Val", une vaste propriété située à l’angle de la Seine et du pont de Bougival et dont seul subsiste aujourd’hui une partie de son jardin : le parc des berges. Tel un patriarche, il s’y installe avec ses huit enfants et nombreux petits enfants. Attaché à Croissy, il finit par acheter "le Val" et se présente même aux élections municipales locales.
En 1910, il assiste à la suppression du péage situé sous ses fenêtres et qui limitait les passages sur le pont, ainsi qu’à l’impressionnante crue du fleuve qui submerge littéralement le parc de sa villa. 


La villa du Val lors de la crue de la Seine en 1910.
Conseiller municipal de 1912 à 1919, il fait partie de la municipalité réduite pendant la Grande Guerre du fait de la présence des hommes sur le front. Une municipalité qui a la lourde tâche d’administrer la commune pendant ces quatre années. Président de la commission des bâtiments communaux, on le voit plancher sur un projet de construction d’école maternelle, sur l’agrandissement de la mairie et sur le prolongement de l’avenue Foch jusqu’à la rue Maurice-Berteaux. Dans un tout autre domaine, il soutient et promeut le développement de la fanfare municipale La Persévérante.
Malade, il préfère regagner Paris après la guerre où il s’éteint en octobre 1923, à l’âge de 66 ans, dans son appartement du boulevard Montmorency. Il repose au cimetière du Père-Lachaise.
 

En 1937, le peintre Raoul Dufy l’a immortalisé aux côtés d’autres savants ingénieurs sur le monumental panorama de 60 mètres de long "La Fée électricité", exposé de nos jours au Musée d’art moderne de la ville de Paris. 

Article paru dans "Côté Croissy" n° 29 - novembre 2007.



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