Les commerces : le 21 boulevard Hostachy

Édifiée en 1864 à l’époque de l’urbanisation du boulevard, la maison du n°21 a été construite pour une famille de maraîchers, les Vaillant, qui ont par la suite donné leur nom à la rue voisine. Leur fille et son époux, le jardinier Pierre Priovide, décident alors d’ouvrir un commerce au rez-de-chaussée : un débit de tabac avec une cuisine et trois salles de restauration. On y trouve aussi, en location, une grande salle pour les réunions et les banquets à l’étage ainsi qu’une salle de bal dans la cour à l’arrière. C’est aujourd’hui l’un des rares commerces croissillons dont l’activité est restée inchangée depuis le XIXe siècle.
En 1882, la Maison Priovide change de propriétaire et devient Maison Papillon puis Café de la Mairie en 1887. Dix ans plus tard, c’est Charles Tabut, un ancien cocher parisien, qui reprend le fonds de commerce. L’enseigne TABUT peinte sur la façade d’un débit de boissons fait sourire bien des passants… 


La Maison Tabut vers 1900

A son décès en 1901, un inventaire détaillé des marchandises est effectué. Côté tabac, on trouve plus de 35 kilos de cigares (Londrès, Favoritos), de cigarillos et de tabac de toute sorte à rouler ou à priser. Côté bar, 689 litres de vins et spiritueux en tonneaux ou barils, dont 100 litres d’absinthe. On répertorie aussi 416 bouteilles de vin rouge, 153 de vin blanc, 13 de Champagne et seulement 10 cannettes de bière et... 9 bouteilles d’eau ou de limonade.

Dans les années 1930 la salle à l’arrière fut aménagée en salle de cinéma. On y projetait trois séances en fin de semaine.
Une quinzaine de propriétaires se sont succédé tout au long du XXe siècle, parmi eux, les familles Souty, Bourachot, Jérémias, Trocellier.






En 1963, une terrasse couverte est construite à l’avant sur le trottoir. Elle est agrandie en 1988 quand l’établissement devient Les Impressionnistes.


Enfin, en 2012, le café-restaurant et son point presse-jeux-tabac ont fait peau neuve, soit près de 150 ans après l'ouverture de l'établissement !


 

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Sources :
Archives municipales, registre des patentes, 2 F 4,
Archives municipales, recensements de population, 1 F 1-2,
Archives municipales, inscriptions au registre du commerce, 2 F 1-2,
Archives municipales, factures à en-tête, 2 F 3,
Archives municipales, autorisations d’urbanisme, 3 T,
Archives municipales, magazines et guides pratiques, 1 Per,
Archives municipales, fonds iconographique, 4 Fi.

Une usine à gaz à Croissy, 1869

En cette période de plein essor de la révolution industrielle, une grande usine à gaz a failli voir le jour en bordure de la rue des ponts. Situés à l’entrée de la ville, trois gros gazomètres et un hall surmonté d’une haute cheminée auraient été les premiers éléments visibles pour les passants et visiteurs arrivant à Croissy par le pont de Bougival. Quel accueil !

Une usine à gaz au XIXe siècle

Tout commence en 1868. Sous la pression des habitants, et plus particulièrement des nombreux Parisiens en villégiature, la municipalité décide de doter la commune d’un réseau d’éclairage public. L’électricité n’étant pas encore à l’ordre du jour à cette époque, ce sont donc des becs de gaz qui devront assurer l’éclairage nocturne des principales rues de la ville. Un contrat de concession est signé en été 1868 avec une entreprise de la capitale, la Société du Gaz Général de Paris (Hugon & Cie) dont les usines sont situées dans le XIe arrondissement et à Issy-les-Moulineaux et Courbevoie. Les élus espèrent que Croissy sera enfin éclairée avant l’arrivée de l’hiver… mais les mois passent et au printemps suivant, toujours pas de travaux : ni tranchées, ni canalisations, ni lanternes en vue.
En mai 1869, le maire apprend que le concessionnaire a sollicité le préfet pour la construction d’une nouvelle usine au sud de la commune afin de produire et assurer la distribution du gaz de houille pour l’éclairage de Croissy et de Bougival.
Évidemment, le projet provoque un tollé, tout particulièrement chez les propriétaires des belles villas qui éclosent depuis une douzaine d’années le long des berges toutes proches. Une enquête publique est ouverte à la mairie. On y découvre que le concessionnaire vient d’acheter un terrain de 115 mètres de long et 25 mètres de large au bord de la rue des ponts, dans la partie située entre l’avenue Augier et l’impasse de la Haute-Pierre.


En rouge, l'emplacement du projet d'usine à gaz

Un plan du futur site industriel est annexé au dossier d’enquête. Les trois immenses carcasses métalliques circulaires des gazomètres nécessaires au stockage du gaz et la haute cheminée se verront de très loin et formeront des repères incontournables dans le paysage.

Plan de l'usine à gaz, à l'angle de la rue des ponts et de l'avenue Augier

Les réactions ne tardent pas. Que reproche-t-on au projet ? D’abord sa proximité immédiate avec près de trente propriétés édifiées le long de la Seine et destinées à la villégiature de la bourgeoisie de la capitale :
« La création d’une usine à gaz arrêterait toute construction, tout achat de terrains et y déprécierait la valeur de la terre. Le fonctionnement de cette usine servirait à rejeter sur Le Vésinet toutes les chances d’avenir du pays. Le voisinage de cette usine effraierait les habitants, compromettrait la sécurité des maisons voisines et éloignerait les personnes qui viennent chaque année les habiter ».
En effet, si la dévalorisation des propriétés et les risques d’explosion inquiètent, ce sont surtout les effets de la pollution qui épouvantent les habitants :
« Tout le monde sait que les établissements de ce genre, soit en raison de la fumée et de l’odeur qui s’en émanent, soit à cause de la poussière de charbon qui se répand autour d’eux, constituent le voisinage le plus nuisible à des maisons de campagne. Les routes salies par le charroi de la houille, la vue d’une haute cheminée, l’aspect des bâtiments noircis par la suie sont autant de causes de dépréciation pour une localité, ce qui ne serait qu’une question accessoire à proximité d’une ville ou dans une commune manufacturière devient capital dans un village destiné comme Croissy à se couvrir d’habitations bourgeoises ».
Après une majorité d’avis défavorables, les services de l’État rejettent finalement la demande en avril 1870.
Commence alors une longue procédure : le concessionnaire Hugon & Cie dépose un recours auprès du Conseil d’État pour annuler la décision préfectorale et demander des dommages-intérêts. Et pendant ce temps, malgré les nombreuses mises en demeure, Croissy n’a toujours pas son éclairage public...
Deux ans plus tard, le concessionnaire Hugon & Cie se désiste et annule son recours auprès du Conseil d’État.
En été 1872, le maire signe un nouveau contrat avec le concessionnaire l’Union des Gaz dont l’usine est située à Rueil-Malmaison. Les habitants qui attendaient avec impatience les bienfaits de l’éclairage public voient enfin l’installation des premiers becs de gaz le long des rues en hiver 1873.
L’Union des Gaz assurera l’éclairage public au gaz puis à l’électricité jusqu’en 1929, année de son absorption par la Société Lyonnaise des Eaux et de l’Éclairage. L’activité électricité et gaz de cette entreprise sera nationalisée en 1946 pour devenir EDF-GDF.
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Sources :
Archives municipales, registre des délibérations 1 D 6,
Archives municipales, éclairage public, 7 O 1,
Archives municipales, distribution du gaz, 6 O 1,
Archives départementales des Yvelines, établissements classés, 7 M 123.

Croissy 1815

Après la bataille de Waterloo le 18 juin 1815, l’armée des Alliés (Anglais et Prussiens) marche vers Paris. Napoléon s’est installé au château de Malmaison le 22 juin. Arrivés du Nord de la France, les Prussiens qui ont descendu le cours de l’Oise arrivent les premiers. Leur objectif est de franchir la Seine et de contourner Paris par l’Ouest car il n’y a pas de défense côté Sud. Tous les ponts de l’Ouest ont été détruits par l’armée française, seuls subsistent les ponts de bois de Chatou et du Pecq.
Le 29 juin, les Prussiens traversent et pillent Argenteuil puis Sartrouville et Montesson. A leur tête, le maréchal Blücher envoie une troupe vers Rueil pour enlever Napoléon… qui a quitté la Malmaison quelques heures plus tôt. Le pont de Chatou vient tout juste d’être brûlé par l’armée française.


La région parisienne (détail) en 1815

La troupe prussienne traverse alors le bois du Vésinet. Il lui est donné l’ordre d’attaquer le pont du Pecq afin de franchir la Seine et gagner l’autre rive au plus vite.
Face à 1500 soldats prussiens, une trentaine de militaires français décident de résister. Pendant deux heures, ils contiennent héroïquement l’assaut côté Vésinet tandis que d’autres soldats français tentent de faire sauter le pont du côté du Pecq.
En vain ! Les Prussiens forcent finalement le passage et s’emparent du pont. La voie est désormais ouverte pour l’armée prussienne qui s’engouffre. 
Exposé au passage de plusieurs dizaines de milliers de soldats étrangers, Le Pecq est dévasté.


La défense héroïque du pont du Pecq
Archives communales du Pecq 2 Fi 3666

Le lendemain, les Prussiens rétablissent un pont en planches à Chatou. Saint-Germain-en-Laye puis Versailles sont occupés. Entre les deux, Le Port-Marly et Louveciennes ont été dévastés à leur tour.
Le 1er juillet, la bataille de Rocquencourt oppose une dernière fois les troupes françaises aux troupes alliées. Napoléon abdique six jours plus tard.


Bien que protégé car n’étant pas sur un axe de passage, Croissy a été en grande partie pillé.
Pendant la semaine du 29 juin au 6 juillet, c’est la désolation : la population subit les exactions « d’une soldatesque effrénée ».
Les habitants se sont réfugiés « dans les bois dont ils n’osent sortir dans la crainte d’être maltraités indignement par les troupes étrangères qui menacent de mettre le feu aux habitations si on ne leur découvre le peu d’objets qui a échappé à leur pillage ».
Les troupes prussiennes ont poursuivi les habitants « sans distinction d’âge ni de sexe ».
Le maire Claude Boudin se distingue par son courage et son dévouement. Il se présente aux avant-postes prussiens et obtient le 6 juillet qu’un détachement de trente soldats d’infanterie rétablisse l’ordre et la sécurité dans la commune.
Entre temps, plusieurs notables croissillons ont été faits prisonniers par les Prussiens… notamment le curé Jean-Isaac Bricoteaux.
Le 14 juillet, le maire dresse un premier bilan des dommages causés par le passage des troupes depuis deux semaines.
Le château, déserté par son propriétaire, a été complètement saccagé. Dans le village et au hameau des Gabillons, les maisons ont été également forcées et visitées. Les paysans se plaignent du vol de leurs chevaux. Les récoltes sont anéanties. 12 000 bottes de foin récemment fauché dans les prés ont été enlevées. Sept hectares de céréales ont été coupés et emportés. Il n’y aura pas de moisson cette année. Et il n’y a plus de gibier à chasser dans les bois du Vésinet… : « les habitants sont réduits à la misère la plus affreuse ».

Les dégâts commis au château de Croissy

Du 11 juillet au 1er août, 450 soldats anglais et leurs 500 chevaux cantonnent à Croissy. Ce sont des soldats du 7e régiment de hussards.
Puis, durant près de deux mois, du 26 août au 21 octobre, 500 soldats anglais et leurs 511 chevaux cantonnent à leur tour dans la commune. Ce sont, cette fois, des soldats du 3e régiment de dragons.
Les habitants sont vraiment à la peine, condamnés à fournir le gîte et le couvert à chaque soldat ainsi que le fourrage pour les chevaux.
Au total, près de 1000 soldats ont occupé Croissy pendant 73 jours. Le double de la population du village.
Les certificats délivrés par la mairie en octobre 1815 révèlent que les Croissillons ont dû céder aux occupants la valeur de 7 131 francs de vivres et de fourrages : avoine, œufs, vin, bois, pain, bottes de paille et de foin, etc.
En parallèle, la commune a dû supporter 7 463 francs de charges.
Une somme importante pour le budget d’un petit village… à laquelle va s’ajouter la contribution extraordinaire de guerre que les communes du département devront payer aux Prussiens : deux millions de francs.
Les finances de la commune vont être durablement impactées : il faudra plusieurs années à Croissy pour s’en remettre.
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Sources : 

Archives municipales de Croissy, registre des délibérations du conseil municipal, an IX-1837, 1 D 2,
Archives municipales de Croissy, réquisitions de 1815, 3 H 1,
Archives départementales des Yvelines, rapports du cabinet du préfet de Seine-et-Oise, 4 M 1/22 et 4 M 1/25,
Les occupations étrangères à Saint-Germain-en-Laye en 1814 et en 1815-1816, Jacques Hantraye, bulletin des Amis du Vieux Saint-Germain n°40 (2003).
Ordre et désordres à Saint-Germain-en-Laye au XIXe siècle : Saint-Germain-en-Laye ville occupée 1814-1815 et 1870-1871, collectif, Les Cahiers de l’université libre de Saint-Germain-en-Laye n°30 (2002).

Juin 1940 à Croissy

Quelques feuillets dactylographiés collés sur le registre des délibérations du conseil municipal : c’est ainsi que le maire Paul Lucas (1939 à 1944) témoigne des premiers jours de l’Occupation à Croissy. Extraits : 

"10 juin : Les nouvelles sont particulièrement mauvaises, un brouillard artificiel a assombri l’atmosphère et les Allemands poursuivent leur offensive. La distribution du courrier est arrêtée. 

11 juin : On espère encore mais les trains sont à leur tour arrêtés. Des convois d’évacués des communes voisines et de la région parisienne traversent la ville dans un lamentable cortège. Le maire est en rapport téléphonique avec la préfecture, la région militaire, la police et la gendarmerie, les ministères, les maires des communes voisines : personne n’a d’ordre de faire évacuer la population. 

12 juin : Des convois d’évacués traversent la ville à un rythme plus précipité. Les nouvelles sont mauvaises mais imprécises. Une certaine inquiétude se manifeste dans la population. Dans la soirée, le maire reste en communication téléphonique avec tous les postes où il peut obtenir un renseignement ou un ordre. 

13 juin. A une heure du matin, le commissaire de la police nationale du Vésinet lui fait savoir qu’il a l’ordre de faire évacuer la population en cas de péril imminent. Peu de temps après, un coup de téléphone lui indique que le pont du Pecq va sauter, et peu après, celui de Bougival. A deux heures du matin, il apprend que la police nationale du Vésinet est partie et que le maire du Vésinet a fait claironner dans les rues l’ordre de quitter la ville. Le maire de Chatou conseille aux habitants de partir. L’effervescence nocturne est vive. A 5 heures du matin, le maire prend alors la décision de prévenir la population de se disposer à se rapprocher du pont de Bougival et, au besoin, de le passer pour atteindre la côte de Bougival. Un convoi de plusieurs centaines de personnes s’organise avec en priorité les enfants, les malades et les vieillards. Il s’établit dans la côte de Bougival et attend les ordres. 
A 15 heures, toujours aucun ordre n’est parvenu. Le secrétaire général de la mairie se rend à la préfecture. On lui donne l’ordre de ne pas évacuer la ville. Le maire demande au convoi de retourner à Croissy mais une partie des habitants n’obéit pas et décide de partir vers le sud. C’est pour eux le début de l’exode. L’autre partie du convoi regagne la ville. Peu de temps après, des soldats français passent en prévenant que le pont de Bougival va sauter dans une demi-heure. Un certain affolement se manifeste parmi les habitants qui étaient revenus à Croissy et beaucoup d’entre eux repartent malgré les ordres. 
A 18h45, la première colonne motorisée allemande traverse la ville à toute vitesse. Le pont de Bougival explose au moment où ils passent. Un motocycliste allemand et trois ou quatre soldats français sont précipités dans la Seine. Tout autour de la ville, les incendies des dépôts de pétrole obscurcissent le ciel. 
A 19h20, une seconde colonne motorisée allemande arrive et s’arrête sur le boulevard. Le maire se dirige vers le commandant allemand et lui demande de respecter la ville qui n’est pas défendue. Il regagne ensuite la mairie où les femmes et les enfants se sont réfugiés. Peu de temps après, des coups de feu commencent dans la partie sud de la ville car les Allemands y ont installé de nombreux petits postes et se battent contre les soldats français positionnés à Bougival. La population restante se réfugie dans les tranchées aménagées dans le parc de la mairie (parc Leclerc) et dans les caves des maisons. Les coups de feu et tirs des canons anti-char continuent toute la nuit jusqu’au lendemain matin, quand la résistance des soldats français s’arrête avec le cessez-le-feu et que les Allemands passent la Seine par des moyens de fortune.

14 juin : A 6 heures du matin, le maire rencontre une voiture mitrailleuse allemande sur le boulevard qui l’amène jusqu’au poste à l’extrémité de la rue des ponts. Le commandant allemand lui donne conseil de mettre à l’abri les biens des maisons laissées ouvertes. En revenant sur le boulevard, il constate que certains éléments troubles de la population restante ont commencé à piller les magasins et les maisons. Il est obligé de faire lui-même la police avec le secrétaire général de la mairie et donne l’ordre aux employés communaux présents de ramasser les vivres qui ont été dispersées par les Allemands et le commencement du pillage. 
Croissy se trouve sans police, sans gendarmerie, sans médecins, sans instituteurs, sans commerçants, sans curé, sans fossoyeur, sans eau, sans gaz, sans électricité, sans téléphone, sans courrier. Il faut organiser le ravitaillement, faire du pain, trouver de l’eau. Une cantine est organisée où paient ceux qui peuvent. Des incidents s’élèvent rapidement entre le maire et la Kommandantur du Vésinet qui a placé pour l’administration des quatre communes du sud de la Boucle un aventurier pour remplacer les maires. La kommandantur demande au maire de retirer le drapeau de la mairie. Les jours suivants, grâce au dévouement de la population restante, la vie commence à s’organiser. Une infirmière, Mademoiselle Bourgogne, assure les services médicaux. Une milice est instituée pour remplacer la police défaillante. 

Appel à la population placardé le 14 juin dans les rues de Croissy.

Le 18 juin, la distribution d’eau est rétablie. 

Le 24 juin, les écoles sont à nouveau ouvertes : les institutrices Cabourg, Bizé et Langinier et l’instituteur Bonnin assurent l’accueil des écoliers. 

Le 26 juin, la distribution du courrier est rétablie. 

Dans les premiers jours de juillet, une partie de la population est de retour. Les commerçants reviennent et la vie s’organise malgré les difficultés de ravitaillement."


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Sources : 
Archives municipales de Croissy, registre des délibérations du conseil municipal 1940-1946, 1 D 16. 
Archives municipales de Croissy, avis à la population, 1940-1944, 5 H 15.

Les commerces : le 36 boulevard Hostachy

Ce petit immeuble de deux étages, dont la façade est recouverte d’un parement de briques, a été édifié en 1866 par l’entrepreneur de maçonnerie croissillon Victor Sohm. C’est au départ un immeuble de rapport comportant une dizaine d’appartements en location.

Le local commercial du rez-de-chaussée est aussitôt occupé par une charcuterie, la Maison Simon. La charcuterie de Louis Simon se trouvait auparavant dans la grande rue, mais avec le développement rapide du nouveau centre-ville autour du boulevard, beaucoup de commerces ont quitté le vieux Croissy dans les années 1860.
Louis Simon est secondé par ses deux fils, Eugène et Jules, garçons charcutiers. Sa femme se charge de la vente.
A sa mort en 1897, son fils Jules lui succède.

La charcuterie Simon en 1900

En 1904, le commerce est repris par Gabriel Boudard, originaire de Saint-Ouen. La devanture est modernisée dans le goût de l’époque avec des parements en marbre gris, l’enseigne porte désormais le nom de Charcuterie Parisienne. Gabriel Boudard tient le commerce avec son épouse. Il emploie d’abord un garçon charcutier puis son fils. Entre 15 et 20 cochons sont abattus chaque mois dans la cour à l’arrière de la maison.
 

La charcuterie Boudard en 1906

En 1919, c’est son fils Louis Boudard qui reprend l’affaire. La mairie est régulièrement cliente de la charcuterie pour les repas de la cantine scolaire, plusieurs factures à en-tête ont ainsi été conservées.
 

En 1936

En 1948

En 1954, avec le départ en retraite de Louis Boudard, la Charcuterie Parisienne change de propriétaire, le charcutier est désormais Jacques Dodelin.
En 1960, Lucien Busson lui succède. Changement d’enseigne… le commerce devient maintenant la Charcuterie du Rond-Point, autre nom donné à l’époque au carrefour de la patte d’oie. Lucien Busson développe un service de livraisons à domicile.



En 1961

Enfin, en 1965, le nouveau charcutier est Léon Penchèvre. Il continue les livraisons chez les particuliers et se spécialise dans la charcuterie et les rillettes sarthoises.


La charcuterie Penchèvre en 1970

Sa fille lui succède en 1977 avant de baisser définitivement le store de la charcuterie en 1983.
 

La charcuterie Penchèvre en 1982

En 1984, le commerce est entièrement refait. La vieille devanture en marbre du début du siècle est remplacée par des parements en briques. C’est désormais La Boutique des Gourmets. On y trouve du vin et des plats cuisinés artisanaux.


Changement de décor huit ans plus tard, en 1992, avec l’installation de M. Defosse, artisan tapissier-décorateur. La boutique propose tissus d’ameublement, stores, tentures murales et rideaux.

En 2003

Depuis 2006, le local commercial est occupé par l’agence immobilière Foncia Manet.

L'agence Foncia en 2006
Aujourd'hui
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Sources :
Archives municipales, registre des patentes, 2 F 4,
Archives municipales, recensements de population, 1 F 1-2,
Archives municipales, inscriptions au registre du commerce, 2 F 1-2,
Archives municipales, listes électorales, 1 K 2,
Archives municipales, factures à en-tête, 2 F 3,
Archives municipales, rapports des services vétérinaires, 5 J 52,
Archives municipales, registre des perceptions des droits de voirie, 2 L 196,
Archives municipales, autorisations d’urbanisme, 3 T,
Archives municipales, magazines et guides pratiques, 1 Per,
Archives municipales, fonds iconographique, 4 Fi.

1634 : une partie de Croissy est annexée par la garenne du Vésinet

En hiver 1634, les Croissillons voient près de la moitié de leurs terres agricoles vendues de force par leur seigneur au roi Louis XIII pour l’agrandissement de sa réserve de chasse : la garenne du Vésinet.
Ces terrains demeurent sur le territoire de Croissy mais n’appartiennent désormais plus au seigneur et à ses paysans.

L’extrémité de la boucle au XVIIe siècle,
Archives départementales des Yvelines, A 43

Au début des années 1630, le village de Croissy-Saint-Léonard compte à peu près 200 habitants. Ce sont principalement des familles de vignerons ; on y trouve aussi quelques pêcheurs et des laboureurs. Le village se limite à la grande rue, dans la partie située au nord de l’église Saint-Léonard, autour du carrefour avec la rue de l’abreuvoir.
En bas de la rue de l’abreuvoir, un bac permet de traverser la Seine entre deux îles et rejoindre le bourg du Rueil par la route de Saint-Léonard (à l’emplacement actuel du golf de Rueil-Malmaison).
Mais depuis 1626, un pont de bois a été édifié à Chatou en replacement d’un bac. Pour les habitants de Croissy, le village voisin devient désormais le lieu de passage le plus commode d’une rive à l’autre.

Le seigneur de Croissy, Jacques Robineau, est un marchand drapier protestant de Paris, il a hérité de la seigneurie de Croissy en 1619.
Son fief s’étend sur 924 arpents mais comme les autres seigneurs de Croissy avant lui, il possède également le fief des Granges Raoul-Fournier qui s’étend, lui, sur 120 arpents. Il est situé au nord-ouest du fief de Croissy et est rattaché à la paroisse de Croissy.
Au nord des deux fiefs croissillons, la garenne du Vésinet, terrain des chasses royales partagé entre les paroisses du Pecq et de Chatou, fait partie depuis 1604 du domaine de la Couronne.
Cette garenne confiée à la Maîtrise des Eaux-et-Forêts est rattachée pour sa surveillance à la Capitainerie générale des Chasses de Saint-Germain-en-Laye.
Depuis 1604, elle n’a cessé d’être agrandie par le roi : de 282 arpents sous Henri IV, elle passe à 637 arpents en 1612 par des acquisitions à Chatou et aux Bordes (Montesson). Un pont de bois est construit en 1627 au Pecq pour relier la garenne à la rive gauche de la Seine.
En janvier 1634, le seigneur de Croissy est contraint de vendre au roi Louis XIII une énorme partie de son territoire : 60 %. Il s’agit de l’intégralité de son fief des Granges Raoul-Fournier et d’une partie conséquente de son fief de Croissy.

A gauche, le fief des Granges Raoul-Fournier et la partie
du fief de Croissy vendus au roi.
D'après Archives départementales des Yvelines, A 43

Le seigneur Robineau n’a consenti à cette vente que pour obéir à la volonté royale : « Sa Majesté a désiré unir ces terrains à sa garenne de Sainct Germain en Laye », « ils ont été vendus au Roy par son commandement ».

L’acte de vente est signé le 21 janvier 1634 devant Edmé Bonot et André Guyon, tous deux notaires à Paris. Le seigneur Robineau vend 444 arpents au roi pour la somme de 27 000 livres tournois. La garenne royale du Vésinet passe ainsi de 637 à 1081 arpents. 

Le contrat de vente (détail),
Archives départementales des Yvelines, G 630

Les 444 arpents vendus par le seigneur de Croissy se décomposent ainsi : 100 % du fief des Granges Raoul-Fournier (120 arpents) et 42 % du fief de Croissy (324 arpents).
Ils sont composés de :
- 30 arpents d’ormeraie (plantation d’ormes), 
- 11 arpents de saussaie (plantation de saules) et de motteaux (prés inondables au bord de la Seine), 
- 36 arpents de terres à buissonnages attenants à l’ormeraie et à la saussaie,
- 367 arpents de terres labourables.
Sauf l’ormeraie et la saussaie, 82 % de ces 444 arpents étaient auparavant des pâtures ou des terres cultivées et exploitées par les paysans de Croissy. Elles étaient ensemencées tous les ans. On y faisait pousser du blé et du sainfoin.
Ces terres, les plus riches du territoire de Croissy, sont désormais « mises en non-valeur » et transformées en « friches, garennes et bruyères ». Trente ans plus tard, en 1664, elles seront plantées d’ormes, d’érables, de tilleuls et de châtaigniers. Une petite faisanderie sera aménagée à l’emplacement de l’actuel Hôpital du Vésinet, un potager puis une grande faisanderie, à l’emplacement de l’actuel Institut de recherches Servier à Croissy.
Enfin, l’acte de vente de 1634 a obligé le seigneur de Croissy à faire planter des « hautes bornes » entre la partie du territoire qu’il conserve et celle qu’il a dû vendre au roi.
Un fossé sera creusé onze ans plus tard aux frais du chevalier de Patrocles, nouveau seigneur de Croissy, afin d’empêcher l’intrusion des bêtes sauvages dans les cultures des paysans croissillons. Un chemin longe ce fossé, c’est l’actuelle rue de l’écluse. 


Plan de la garenne du Vésinet en 1754,
Archives départementales des Yvelines, A 382

En 1685, les paysans de Croissy, appauvris car privés des terres les plus fertiles, se plaindront directement au roi : « Le roy deffunt avait acheté ces arpents de terres pour augmenter la garenne du Vésinet et laissa venir les terres achetées en bruyères. On a occupé une partie de ces terres depuis en plans, avenues, deux faisanderies. Le reste des terres de Croissy consiste en une plaine sablonneuse dont on ne retire presque rien ».

Sous la Révolution, seulement 363 arpents sur les 444 arpents initiaux de la forêt du Vésinet seront démembrés et « rendus » aux habitants de Croissy.
Toute la zone située entre l’actuel chemin de ronde et la Seine sera rapidement remise en culture.
Le reste repassera dans le domaine de la Couronne sous l’Empire avant d’être définitivement annexé par la nouvelle commune du Vésinet en 1875.

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Sources :
Archives départementales des Yvelines, aveu et dénombrement de 1622, E 597,
Archives départementales des Yvelines, aveu et dénombrement de 1634, E 598,
Archives départementales des Yvelines, contrat de vente au roi, imprimé, 1634, G 630,
Archives départementales des Yvelines, lettre du prieur-curé au roi, 1685, G 630,
Archives nationales, minutier central, minutes de l'étude Bonot, ET/XXX/17,

Archives départementales des Yvelines, plan de la garenne du Vésinet par Matis, 1754, A 382, 
Archives départementales des Yvelines, plan général de Versailles et de ses environs par Caron, A 43.

Les closoirs de la chapelle Saint-Léonard

Avec le soutien du Département des Yvelines, la ville de Croissy-sur-Seine a entrepris en 2013 la restauration de quatorze petits tableaux peints appelés closoirs décorant la tribune de la chapelle Saint-Léonard depuis les années 1900.
Ces quatorze petits portraits représentent différents personnages, hommes et femmes, et se divisent en deux séries distinctes.
Ils ont été réinstallés à la chapelle Saint-Léonard en été 2014 après plusieurs mois de restauration.
Ils sont attribués à Bonifacio Bembo, peintre italien du milieu du XVe siècle.


Bonifacio Bembo
Peintre et miniaturiste actif auprès de la brillante Cour des ducs de Milan, Bonifacio Bembo est un artiste dont l’œuvre illustre parfaitement la transition entre le gothique tardif et la Renaissance humaniste.
Milan et la Lombardie occupent une place particulière dans l’art Européen du XVe siècle. « Ouvrage de Lombardie » est alors synonyme d’objet de facture précieuse, expression raffinée d’un goût de Cour élitaire et rare, parfaitement illustré dans la miniature, l’enluminure et l’orfèvrerie. Prince et mécènes du riche duché Milanais passent commande auprès des artistes pour illustrer des sujets profanes faisant écho aux fabliaux et aux romances chevaleresques médiévales.


Crémone et le duché de Milan au XVe siècle

Né à Brescia dans la République de Venise, Bonifacio Bembo s’établit dans les années 1440 à Crémone, dans le duché de Milan, avec son père Giovanni et ses frères cadets Benedetto, Girolamo, Andrea et Ambrogio, tous artistes comme lui. Peintre et miniaturiste, il a commencé à travailler à l’époque du dernier rayonnement de l’art courtois médiéval, baignant pleinement dans la tradition de l’école gothique internationale. Bonifacio Bembo devient rapidement un maître respecté et dirige un grand atelier familial au langage pictural caractéristique appelé « bembesque ».
Après sa rencontre avec le savant byzantin Pléthon, introducteur de la pensée de Platon dans un Occident où tout au long du moyen-âge ne dominait que celle d’Aristote, il est gagné par les idéaux néoplatoniciens, s’intéresse à la philosophie antique et à l’ésotérisme.
Des années 1440 à la fin des années 1470, il exerce une grande activité artistique en Lombardie, entre Milan, Pavie et Crémone, peignant des fresques dans les palais ou des portraits, principalement à la demande des ducs Visconti puis Sforza.
Bonifacio Bembo s’éteint au début des années 1480.


Closoirs et plafonds peints de Lombardie

Les closoirs étaient des petits panneaux décoratifs, de forme concave, fixés entre les solives des plafonds des riches demeures. Très à la mode dans la Lombardie du XVe siècle, ils montraient souvent des personnages représentés en buste de face ou de profil.

Closoirs disposés entre des solives et une poutre

Au XVe siècle, la peinture décorative des plafonds connaît un grand succès en Lombardie. Les plafonds des riches demeures étaient constitués d’une charpente apparente en bois, formée de poutres disposées dans la largeur et de solives dans le sens de la longueur. Entre le raccord des poutres et des solives, le vide laissé pouvait être comblé par des petits panneaux inclinés en bois appelés closoirs.
Quelques ateliers se spécialisèrent dans la production sérielle de closoirs. Celui de Bonifacio Bembo à Crémone était le plus célèbre et aussi le plus recherché.
La cité lombarde était alors un centre réputé pour la production de closoirs diffusés dans toute l’Italie et même dans le Sud de la France. Bonifacio Bembo imposa un modèle de closoir montrant des bustes féminins ou masculins de face ou de profil qui a supplanté les traditionnels motifs végétaux, héraldiques ou animaliers.
La hauteur des plafonds étant alors d’environ 6 à 7 mètres, les closoirs étaient peints avec des couleurs vives tout comme la charpente qui recevait des badigeons et des motifs géométriques, formant un ensemble décoratif très coloré.
Les closoirs se présentaient sous la forme de petites planches rectangulaires qui ne dépassaient guère 40 cm de haut. Exposés inclinés, ils étaient préalablement cintrés en formant une courbure concave afin d’optimiser leur visibilité. Le cintrage à la vapeur de ces planches en peuplier jouait un rôle plus esthétique que pratique car ce procédé de déformation était plutôt coûteux.


Le cintrage concave des closoirs

Sur la planche cintrée, une sous-couche composée de craie, d’amidon et d’huile était rapidement badigeonnée afin de colmater les irrégularités du bois et faciliter l’adhésion de la couche picturale.
Liés au jaune d’œuf, les différents pigments étaient employés presque toujours purs car la palette des couleurs utilisées se devait d’être éclatante et vive afin d’être visible depuis le sol.
Par le raffinement des visages et des motifs peints à main levée, les closoirs produits par Bonifacio Bembo à Crémone s’approchent plus de l’art de la peinture de chevalet que de celui, plus grossier, des closoirs des autres ateliers exécutés au pochoir et à la brosse. Le soin méticuleux apporté aux détails pour des œuvres faites pour être vues de loin était la marque de fabrique des ateliers de Crémone.


Les quatorze closoirs de Croissy

Trésor patrimonial longtemps méconnu et sous-estimé, quatorze closoirs de Bonifacio Bembo avaient été installés sur le garde-corps de la tribune de la chapelle au début du XXe siècle. Ils se sont malheureusement fortement dégradés depuis.
On ignore à quelle époque ces quatorze closoirs ont quitté leurs plafonds lombards pour arriver en France. A la fin du XIXe siècle, plusieurs closoirs de même facture ont fait leur apparition dans les collections publiques et privées.
On sait seulement qu’ils ont été installés à l’intérieur de l’ancienne église de Croissy par le peintre Théophile Poilpot, propriétaire des lieux entre 1896 et 1915. Il s’était amusé à y rassembler sa collection d’art médiéval et à reconstituer un mobilier hétéroclite d’église.
Après sa mort, l’édifice est passé de main en main jusqu’à son achat par la ville de Croissy en 1976. L’ancienne église est complètement restaurée et remaniée au début des années 1980 avant d’être aménagée en galerie d’art et salle de concert. Elle prend alors le nom de chapelle Saint-Léonard.


La tribune et les closoirs en 1976

L’usage intensif du lieu a mis à mal ce patrimoine fragile. La simple comparaison des photos des closoirs prises en 1985 et en 2011 permet de mesurer l’ampleur des dégradations. Certains panneaux ont perdu la majeure partie de leur couche picturale.

les closoirs les plus dégradés :
état en 1985 et en 2011

Cet état a attiré l’attention du Département des Yvelines qui a pu aider la ville de Croissy à financer leur restauration en 2014.
Entre temps, en 2012, les quatorze closoirs ont bénéficié d’une protection au titre des Monuments Historiques.


La série des personnages aux phylactères

Caractéristiques du style gothique tardif, neuf des quatorze closoirs de Croissy montrent une série de portraits d’hommes et de femmes, héros de récits légendaires, portant chacun leur nom sur un phylactère.

Les personnages aux phylactères

Les neuf personnages, présentés de face, de trois-quarts ou de profil, sont entourés d’un même cadre peint aux motifs enrubannés. Ils se dégagent sur un fond monochrome parsemé de volutes végétales.
Huit personnages aux attitudes variées, déroulent un long phylactère - un rouleau déplié - sur lequel est écrit leur nom en lettres gothiques. Un seul d’entre eux n’est pas nommé et semble éclore d’un bouton floral.
On reconnaît notamment Suzana, Uther, Grixeda, Druxiana, Remar Rex et Mercurio, personnages de la mythologie romaine, de fabliaux médiévaux et de contes populaires italiens.
Ces closoirs réalisés autour de 1450 par l’atelier Bembo de Crémone relèvent d’une inspiration fantaisiste et idéalisée, une sorte d’archétype ou de modèle canonique particulièrement prisé en cette période d’art gothique tardif. Proches des dessins de l’enluminure et des romans courtois, comme le démontrent les vêtements et la facture des visages, ces portraits s’associent à un cycle iconographique de l’épopée chevaleresque.
Ces closoirs sont presque uniques, il n’existe pas d’autres exemplaires de même provenance répertoriés dans les collections publiques. En 2011, sept autres panneaux de la même série ont été remarqués aux enchères de l’hôtel des ventes Drouot à Paris.
Les neuf closoirs de Croissy se sont fortement dégradés après 1985, surtout au niveau des visages qui ont tous perdu leurs modelés et leur carnation. Certains d’entre eux n’ont presque plus de couche picturale.


Romulus

Fondateur légendaire de Rome, ce Romulus de l’Antiquité chapeauté à la mode lombarde du XVe siècle, déroule sous ses yeux son phylactère.
Un chapeau tricorne coiffe une épaisse chevelure. Il est vêtu de la panoplie chevaleresque. Sur sa cotte de mailles métalliques il porte une cotte d’armes rouge bordée de fourrure sur laquelle est peint ou brodé le traditionnel motif héraldique du chevalier. Ici, on entraperçoit une main droite ouverte, symbole de la loyauté, de la sincérité et de la justice, qualités éminemment chevaleresques.
Ce closoir est le mieux conservé de la série. 


La série des personnages aux chérubins

Œuvres tardives de Bonifacio Bembo, quatre des quatorze closoirs de Croissy montrent une série de portraits idéalisés de jeunes gens de la Cour de Milan. Les personnages arborent tous dans leur coiffure une broche de perles surmontée d’un chérubin.

Les personnages aux chérubins

Présentés en buste de face ou de trois-quarts sur un fond bleu foncé, les personnages sont peints au centre d’un encadrement architectural composé de deux colonnes torsadées roses rehaussées de touches blanches pour marquer les volumes. D’inspiration Renaissance, avec un goût pour l’Antique, elles sont surmontées d’un chapiteau dorique jaune où repose un arc en ogive avec quatre lambrequins rouges, typique du gothique tardif. Ce dernier est entouré de huit fleurs rouges, auxquelles s’ajoutent deux fleurs blanches dans les angles de manière à former une décoration rectangulaire. Cet ensemble démontre la dualité chez Bembo où se mêlent formes gothiques et art de la Renaissance.
176 autres closoirs de même facture sont aujourd’hui recensés dans le monde. En France, le Musée des arts décoratifs à Paris et le musée national de la Renaissance à Écouen en conservent quelques exemplaires.
Ils proviennent tous du plafond d’un immeuble situé rue Ettore Sacchi à Crémone où se trouvait au XVe siècle une résidence de la duchesse de Milan qui avait commissionné Bembo pour y faire des peintures décoratives.
Ce palais est ensuite devenu un monastère dit « de la Colombe », d’où le nom donné à cette série de closoirs démontés à la fin du XIXe siècle et dispersé dans les collections publiques et privées du monde.
Œuvre tardive du maître, cette série de closoirs a été produite dans les années 1460-1470 comme en témoignent les coupes de cheveux des jeunes hommes ainsi que les coiffures à cornes des demoiselles, consistant en deux petits chignons placés au niveau des oreilles et recouverts d’un voile tenu par une broche en guise de bijou.
Ces quatre portraits courtois cultivent un raffinement où se mêlent l’expression et l’intensité des regards avec la délicatesse des traits des visages.
Portée sur le sommet de la tête ou sur les cornes, une broche florale ornée d’un chérubin pare chaque portrait. Ce bijou en perles et en pierres précieuses était fréquent dans le troisième quart du XVe siècle sous le règne des ducs Visconti-Sforza de Milan.
Le fermoir surmonté d’un ange avait été choisi pour sa symbolique qui le rapprochait de la vertu et de la fidélité. Les broches portées par les jeunes hommes et femmes signifiaient leurs fiançailles. La présence du cherubino était synonyme d'amour conjugal. Les perles symbolisaient la chasteté, la pureté et la fécondité.


Portrait idéalisé d'une jeune homme de
la cour du duc de Milan

Le visage légèrement incliné, le jeune homme porte une chevelure bouclée et enroulée vers l’arrière. Il est vêtu d’un pourpoint sans manches. Le col et les manches étaient agrémentés de motifs en relief qui évoquaient les brocarts et les étoffes précieuses. Ces motifs se sont malheureusement dégradés avec le temps.
Le haut de son front est paré d’une broche florale à huit perles blanches et jaunes entourant une grosse perle noire. Un chérubin ailé surmonte le bijou.
Les yeux en amande du jeune homme sont finement ourlés par les paupières, les sourcils sont minces, le nez est long et droit et la bouche fine et petite. Le menton et le coup sont potelés pour répondre aux canons de beauté de l’époque. Un soin particulier a été porté aux modelés du visage, des rehauts rouges apportent un effet plus vivant au sujet et lui donnent un aspect juvénile.


La restauration des quatorze closoirs de Croissy

L’état dans lequel se trouvaient les closoirs est à l’origine de leur inscription au dispositif « Aide à la sauvegarde d’urgence d’objets d’art » du Département des Yvelines. Restaurés en 2014, certains portraits ont dû être légèrement retouchés à l’aquarelle.
En automne 2013, les quatorze closoirs ont été transportés à Paris dans l’atelier de la restauratrice d’art Ariel Bertrand. Après avoir été dépoussiérés puis  brossés pour être débarrassés des champignons, ils ont été traités avec un produit antifongique et anti-xylophage.


Le traitement des closoirs

Leur couche picturale terne et grise, difficilement réversible, a été nettoyée avec du Tri-Ammonium Citrate, permettant un léger effet décrassant mais non agressif. Après cette opération, une couche de protection de résine Paraloïd B 72 a été passée afin de préserver la couche picturale très sèche des agressions extérieures.
Cette intervention a permis aussi de « retendre » les motifs et de  saturer les couleurs.
L’état lacunaire très important de certains panneaux, principalement la série des personnages aux phylactères, était problématique. En 25 ans, tous les visages ont perdu les ombres et modelés, la carnation des chairs, les pilosités faciales et parfois l’ensemble des traits. Fallait-il les reconstituer en copiant les photographies de 1985 ?


La retouche archéologique des closoirs dégradés

Il a été décidé de procédé à des « retouches archéologiques » à l’aquarelle sur les visages effacés  afin d’unifier l’aspect de l’ensemble.
La retouche archéologique consiste à combler les lacunes par un dessin proche de l'original mais d’un ou deux tons plus clairs et surtout sans restitution détaillée du motif disparu. L’opération permet une meilleure lisibilité du portrait tout en rendant volontairement visibles les parties perdues et évitant ainsi le pastiche.


A l’occasion des Journées du Patrimoine en septembre 2014, les visiteurs ont pu découvrir les closoirs restaurés. Une exposition consacrée à leur histoire, « Visages du Quattrocento », a été présentée par les Archives de Croissy à cette occasion. Elle a été prolongée dans le hall du Nouveau Bâtiment de l’Espace Chanorier jusqu’en novembre 2014
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Sources :
Bonifacio Bembo (1420-1477) et les closoirs du monastère de La Colombe : étude stylistique et matérielle d’un cycle de peintures décoratives, mémoire de Master, 2012, Léa Guillaume-Gentil, Haute École des Arts de Berne,

Rapport de restauration des quatorze panneaux de la Chapelle Saint-Léonard de Croissy, Ariel Bertrand, Juliette Mertens, 2014,

Étude de quatorze panneaux ornant la tribune de la Chapelle Saint-Léonard de Croissy, Ariel Bertrand, Juliette Mertens, 2011,

Catalogue de l'exposition "Il colore dei volti" sur une série de closoirs de Bonifacio Bembo présentée à la Pinacoteca Ambrosiana de Milan, 2013, Isabella Marelli, Valeria Villa, Chiara Sotgia.



1914-1918 : les Croissillons prisonniers en Allemagne

A Croissy, une trentaine d’hommes mobilisés sont tombés entre les mains de l’armée allemande et ont passé la guerre dans des camps de travail.
Entre héros et victimes, les 600 000 prisonniers de guerre français ont été longtemps les oubliés de l’Histoire. Dès le mois de septembre 1914, ils étaient déjà plus de 125 000. Internés en zone occupée ou en Allemagne, ils furent astreints à de lourds travaux et connurent des conditions difficiles : brutalités, absence de chauffage et de soins sanitaires, nourriture insuffisante.
Malgré la Convention de La Haye de 1907, aucun règlement militaire allemand ne fixait vraiment le sort des prisonniers : autant de camps, autant de régimes particuliers. Heureusement, les familles et les pouvoirs publics pouvaient leur envoyer des colis. Au printemps 1918, les accords de Berne améliorèrent leur quotidien. Après l’armistice du 11 novembre 1918, 477 800 prisonniers français purent enfin regagner leur foyer.

Le camp de prisonniers de Soltau en Basse-Saxe

Les archives municipales conservent plusieurs lettres adressées par les prisonniers au maire. Ce sont souvent des remerciements pour les colis reçus ou des demandes de nouvelles de leur famille.


Parmi eux, Joseph Fromanger (1887-1930), ouvrier maraîcher âgé de 27 ans en 1914. Cet homme marié et père de famille avait été fait prisonnier dès les premiers jours de la guerre. Il n’a été libéré que 4 ans plus tard, en décembre 1918. Interné au camp de Münster, le prisonnier se plaint de ne pas avoir de nouvelles de sa femme depuis plusieurs mois et de ne recevoir d’elle aucun colis ; il s’adresse directement au maire pour recevoir un ou deux colis chaque mois : « Mon brave monsieur, je compte sur vous. Le nécessaire que j’ai besoin c’est du chocolat, savon, pâtes, nouilles, riz, car depuis le 7 septembre 1914 que je suis prisonnier c’est long… »

Correspondance du soldat Joseph Fromanger, 1918

Le maire était aussi chargé par les autorités militaires de prévenir les familles quand un soldat était fait prisonnier. Le caporal Émilien Gabillon (1893-1970), maraîcher âgé de 21 ans en 1914, avait disparu en avril 1916. Sa famille en avait été informée, imaginant le pire. Finalement, trois mois plus tard, ses parents apprirent que leur fils était captif au camp de Strasbourg. Il ne sera libéré qu’en décembre 1918. 

Avis de captivité du caporal Gabillon, 1916

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Sources :
Archives municipales, dossiers individuels des prisonniers 1914-1918, 4 H 20.

Les commerces : le 27 boulevard Hostachy

Située en plein cœur du boulevard Hostachy, cette maison abrite un commerce au rez-de-chaussée depuis les années 1930.
C’était à l’origine le pavillon du gardien d’une grande villa située à l’arrière. Les deux habitations avaient été édifiées au milieu du XIXe siècle. Le pavillon était simplement composé d’un rez-de-chaussée surmonté d’un étage. Chaque niveau était percé d’une seule fenêtre côté boulevard.


Le pavillon du n°27 dans les années 1900

En 1923, le docteur Porcheron ouvre au rez-de-chaussée son cabinet médical. En 1930, le cabinet quitte le boulevard pour s’installer avenue de Wailly : la maison est alors achetée par l’artisan électricien Alphonse Cancé qui transforme et aménage le rez-de-chaussée en local commercial. L’année suivante, Alphonse Cancé double la surface de son magasin côté gauche et fait ouvrir deux larges vitrines sur le boulevard. La devanture prend l’aspect qu’elle n’a pas quitté depuis.


Une partie de la devanture en 1932

La boutique d’Alphonse Cancé n’est pas une simple entreprise d’électricité, c’est aussi un bazar quincaillerie, Le Bazar de la Mairie, on y répare et vend des radios TSF, des téléphones, des appareils photo, des phonographes, on y vend même des disques 78 tours à côté des produits d’entretien. 

Pendant plus de 30 ans, Alphonse Cancé a été chargé par la municipalité d’illuminer la ville pour la fête de la carotte. Il prend sa retraite au milieu des années 1960.


La boutique est alors reprise par Robert Marchand qui y ouvre La Droguerie de la Mairie dans laquelle on trouve toujours des articles de quincaillerie et des « couleurs et vernis » mais le commerce se spécialise davantage dans la bimbeloterie et les articles de fantaisie.


La droguerie en 1972 pendant la fête de la carotte

En 1979, changement de propriétaire et changement d’enseigne, la droguerie-bazar prend le nom de Mandarine. La devanture est complètement modernisée l’année suivante avec l’installation de sa mémorable enseigne accompagnée du slogan « joujou - cado - foto ». La boutique est en effet spécialisée dans les cadeaux et les petits objets décoratifs.


Mandarine, en 1994

Mandarine
baisse définitivement son store au début des années 2000. En septembre 2003, s'ouvre L’Atelier des Anges, une boutique de décoration, d’objets de charmes et de brocante.


L'Atelier des Anges, 2003

Et depuis avril 2015, Sous Les Étoiles, un commerce spécialisé dans les vêtements femmes et enfants, les bijoux et les accessoires.


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Sources :
Archives municipales, autorisations de construction 4T9,
Archives municipales, listes électorales 1 K 1-2,
Archives municipales, recensements de population 1 F2,
Archives municipales, certificats d’inscription au registre du commerce 2F 1-2,
Archives municipales, magazines municipaux, 1 PER,
Archives municipales, fonds iconographique, 4Fi.